Je ne suis pas une compagnie ! L’intrusion des valeurs corporatives dans notre intimité de Michel Perreault.

Un ami m’a offert ce livre en me disant qu’il avait aimé. Il y trouvait quelques grandes sagesses. Le moins que je puisse dire, c’est que ce bouquin publié en 2011 chez Stanké est criant de vérité en 2021. Je viens de le terminer et hop! voilà que l’actualité nous saute au visage pour confirmer certains propos de cet auteur. Je fais ici référence à France Haugen et Facebook.

Wow! Quelle coïncidence!

L’auteur

Le livre de Michel Perreault
Le livre de Michel Perreault

Tout d’abord, Michel Perreault, l’auteur de Je ne suis pas une compagnie, est docteur en psychologie, chercheur et professeur universitaire ayant travaillé en communication et en marketing avant d’œuvrer en santé mentale et toxicomanie.

Mon impression est que ce thérapeute en a eu assez de se battre avec des patients voulant gérer leur problème de santé mentale comme leurs difficultés de bureau. Et il a dû s’obstiner à leur expliquer que l’être humain ne peut pas fonctionner telle une entreprise.

C’est un essai sérieux composé comme un ouvrage scientifique, mais avec une touche d’humour de style « pince-sans-rire ». Le ton amusant et parfois ironique nous fait sourire. Surtout lorsqu’on se reconnait et qu’on ne peut qu’approuver ses constatations! Cela nous amène à une véritable réflexion sur notre société de consommation.

Il va sans dire que l’auteur a vraiment creusé le sujet en profondeur. Chaque chapitre du livre se termine par des notes donnant des références et des lectures si on veut aller plus loin.

Les compagnies, des organismes vivants?

Il compare les compagnies à des organismes vivants, mais d’une espèce différente de l’espèce humaine.

« Les rapports que maintient Rex avec son maître s’apparentent à ceux que les « organismes humains » entretiennent avec les « organismes corporatifs ». […] Il s’agit d’un phénomène qui exerce un impact sans précédent sur son mode de vie (l’Homme), car, à la manière d’une espèce vivante qui aurait atteint le plus haut stade de l’évolution darwinienne, le monde corporatif domine désormais l’espèce humaine. »

Le docteur Perreault pousse la comparaison entre un organisme corporatif et un organisme humain de façon logique : Morphologie, reproduction, mode de vie, longévité.

Les relations de travail dans les compagnies

Dans le deuxième chapitre, l’auteur traite de la cohabitation entre le citoyen corporatif et le citoyen ordinaire.

On y parle de relations de travail envahissantes surtout depuis l’avènement des téléphones cellulaires. En exemple, on compare l’employé d’aujourd’hui avec celui des années 50.

Je tiens à souligner que je ne suis pas contre les compagnies. En fait, elles sont une nécessité pour combler nos besoins. Acheter de la nourriture, des chaussures, des vêtements adaptés à notre climat, des lunettes, etc. Les commerces sont là pour satisfaire nos besoins primaires.

Je crois qu’il y a de la dérive lorsqu’on arrive aux besoins secondaires selon la hiérarchie de Maslow. C’est-à-dire nos aspirations sociales telles que spécifiées dans ce livre :

« D’appartenance et d’amour (importance de se sentir accepté et apprécié par ses proches).

De statut et d’estime (atteindre un statut élevé en rapport avec les autres, ce qui inclut le besoin de prestige et de réputation) »

 La théorie de la double fonction

L’auteur explique ce qu’est la consommation à risque social. La théorie de la double fonction stipule comment un produit répond au besoin primaire selon Maslow, mais aussi au besoin secondaire. Exemple : les chaussures. Le fait d’en avoir plusieurs modèles permet de se démarquer des autres en démontrant son statut financier, son style, mais en utilisant les différents modèles de souliers au bon moment.

On en vient à « craindre davantage le risque social que le risque physique ».

Des exemples

Un fait concret que l’auteur nous apporte est la mode des escarpins très étroits avec des talons à hauteur vertigineuse. Il semble (preuve à l’appui selon les notes du docteur Perreault) qu’il y a eu certaines femmes qui ont voulu se faire opérer les pieds afin de pouvoir porter ce genre de chaussures. Souliers qui sont, soulignons-le, inadaptés au pied humain. L’écrivain mentionne qu’il y a eu une augmentation du nombre de fractures et blessures aux pieds lorsque ces chaussures sont devenues à la mode. Pourquoi porter de telles échasses si elles ne répondent pas à notre besoin primaire : protéger nos pieds!  La réponse est parce qu’elles comblent nos besoins secondaires.

L’autre fait qui est relaté est le type d’automobile que nous possédons. Cela répond à notre besoin de statut et de prestige. Dois-je élaborer? Je crois apercevoir votre sourire en coin!

Identité et style de consommation

Certains en viennent même à construire leur identité par leur style de consommation, tel que l’indique le docteur Perreault. Mais aussi leur rythme d’achat, c’est-à-dire non seulement avoir un téléphone cellulaire, mais avoir le tout dernier modèle.

L’État et les compagnies

Dans cette complémentarité « citoyen ordinaire et citoyen corporatif », le gouvernement s’est vu attribuer le rôle de médiateur. Et les élus sont portés à croire que le bien-être des citoyens passe avant tout par le mieux-être des entreprises.

Les États vont intervenir, mais dans des cas extrêmes. L’auteur donne plusieurs exemples avec preuve à l’appui : les déversements des marées noires, les coussins gonflables et les gras trans. Pourquoi avons-nous besoin de lanceurs d’alertes? L’actualité qui nous revient encore en pleine face avec Facebook! Sans vouloir faire des jeux de mots.


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Quel âge a votre frigo?

Voici une grande évidence d’aujourd’hui, les réfrigérateurs ont une durée de vie très limitée par rapport à ceux des années 50. Et on voit cela dans tous les domaines. C’est bon pour l’environnement corporatif, mais pas pour l’environnement naturel.

L’être humain devient contaminé avec cette philosophie corporative qui ne répond pas aux besoins de l’Homme, mais aux besoins corporatifs.

Les corponoses des corporations

Le docteur Perreault identifie ensuite des maladies de compagnie et explique qu’elles peuvent se transmettre à l’Homme. Comme la grippe aviaire s’est transmise de l’animal à l’humain. Le livre a été publié en 2011. On sait en 2021 que le problème s’est répété avec la Covid-19!

En intégrant les valeurs et les mécanismes de résolution de problème des grandes entreprises, les êtres humains peuvent devenir vulnérables. Car ils adoptent des comportements peu adaptés à la survie de leur propre espèce.

L’auteur identifie les maladies transmises : la gestionnite, la formatite, la promotite. Il élabore en détails ces différents problèmes.

Ce que j’ai moins aimé

J’ai été un peu déçue de cette partie du livre. J’ai trouvé que, parfois, certains exemples étaient plus ou moins concrets.

Il y a quelquefois des exagérations dans ces exemples. Peut-être devrais-je utiliser le mot « dramatisation » pour avoir un langage plus corporatif? Il y a déjà eu des démesures à une autre époque de notre société. Lorsque la religion avait plus de pouvoir, entre autres, au Québec, jusque dans les années 60, avant la Révolution tranquille.

Ce que j’ai aimé

Je n’entrerai pas dans les détails de toutes ces maladies, mais ce que je trouve important, c’est d’en prendre conscience. Car une méfiance de la population s’est installée envers les gouvernements et les corporations.

J’ai apprécié tous les faits relatés que j’ai trouvé instructifs.

Et tel que mentionné plus haut, le ton humoristique est agréable.

C’est pourquoi je vous recommande de lire Je ne suis pas une compagnie de Michel Perreault.

En guise de conclusion

Un livre où il est beaucoup question d’environnement, de la folie de la consommation, d’économie et de santé mentale. C’est une réflexion approfondie de la société de consommation dans laquelle nous vivons. J’ai l’impression que celle-ci a atteint un point culminant, car l’auteur de ce livre nous révèle des constatations criantes de ridicules.

Les réseaux sociaux entrainent de grands changements dans notre société. Ils aident l’homo sapiens à se faire entendre mais ces réseaux sont des compagnies!

Cette semaine, on a vu l’apogée du ridicule d’une de ces corporations.

Cela permettra-t-il à notre société d’évoluer?

Avons-nous atteint un moment charnière?

Où s’en va donc notre société?

Photo de Lhom

Je ne saurais terminer sans la photo de Lhom qui nous présente cette semaine la région d’Alba en Italie.

Merci d’avoir lu cette chronique et j’attends vos commentaires.

Phrenssynnes

P.S. L’auteur et ses éditeurs n’ont pas été mis au courant de ce projet. Je tiens à remercier madame A de mon club de lecture pour le décor des photos.