Dans le chapitre précédent:

 

Magalie s’est rendue à Québec. En arrivant chez sa soeur, elle a rencontré son amie Gina, le docteur Lendro et l’inspecteur Duclerc.

 

CHAPITRE 3

Le lendemain, Louis Duclerc désirait rencontrer Magalie. Il insista pour la rejoindre sur les lieux du crime. Gina la déposa à la maison de sa sœur, car la voiture de Magalie était restée sur la rue des Mirettes. L’inspecteur l’attendait, fumant une cigarette dans sa voiture. La voyant approcher, il sortit du véhicule et écrasa son mégot par terre.

Avec l’air aussi fatigué que la veille, il s’empressa de serrer la main de Magalie. Les scellés sur la maison avaient été enlevés. Les gonds de la porte grincèrent lorsqu’ils entrèrent dans le cottage anglais. « Comme je vous ai dit hier, on a retrouvé votre sœur dans le bureau ici. » Magalie évita de regarder vers cette pièce et se dirigea au salon vers la gauche. Ils s’installèrent dans chaque fauteuil. « Êtes-vous certain qu’elle a été assassinée ?

— Effectivement, l’autopsie va le confirmer. Ça va être fait à Montréal probablement lundi prochain. Effectivement, le corps devrait arriver mardi de Montréal. »

— Pourquoi Montréal ? demanda Magalie.

— Dans les cas de meurtre, les autopsies sont toujours faites à Montréal. Si je voulais vous rencontrer, c’est que j’ai quelques questions à vous poser. Je voulais discuter d’une chose en particulier. Je suis allé à la banque de votre sœur, hier. Elle aurait retiré de l’argent d’un guichet automatique vers dix heures le soir du 15 juin. Mille dollars. Nous avons fouillé la maison de fond en comble, effectivement, ainsi que son bureau à l’hôpital. Nous n’avons trouvé ni cet argent ni la carte bancaire. Auriez-vous une idée de l’endroit où est la carte et où elle aurait pu cacher ce montant ou de la façon dont elle aurait pu le dépenser ? »

Le sac à main de Sylvie pendait à la poignée de la porte de son bureau. Magalie ne put s’empêcher de le fouiller malgré ce qu’il venait de lui dire. Elle sortit le porte-monnaie et l’ouvrit en le montrant à Louis Duclerc.

« Vide », déclara-t-elle en regardant chaque pochette.

— C’est ce que je vous ai dit, on a fouillé partout, renchérit-il. » Magalie se dirigea vers le bureau. Elle s’arrêta devant la porte fermée, poussa un soupir et se décida à entrer dans la pièce pour chercher dans tous les recoins. Le secrétaire d’acajou était embourbé de papiers pêle-mêle. Magalie souleva le clavier de l’ordinateur, ouvrit tous les tiroirs. Elle jeta un coup d’œil à la bibliothèque, vérifia derrière le coussin du fauteuil fleuri. Puis, elle sortit de la pièce, referma la porte et monta à l’étage toujours suivi par le policier. Le couloir menait à quatre chambres. Elle entra dans celle de gauche. Le lit était défait, le pyjama de Sylvie traînait en boule sur l’oreiller. D’autres vêtements s’empilaient sur un fauteuil et formaient une sculpture surréaliste colorée. Dans un coin, sur le plancher de bois franc, des vêtements éparpillés formaient une montagne de linge sale. Sur la commode, une bouteille à moitié pleine d’eau de toilette Paloma Picasso montait la garde à travers un amas de foulards de soie, de bijoux et de pacotilles. « Je m’excuse du désordre, ma sœur n’est pas très ordonnée. Elle travaille beaucoup, mais ce n’est pas ça le problème. Elle est vraiment désordonnée, ma mère n’a jamais été capable de la dompter. »  Elle vérifia tous les fonds de tiroirs, la table de chevet, elle fouilla dans la garde-robe. « Maintenant, elle réplique tout le temps, je me comprends dans mon bordel. » Elle souleva le matelas en déclarant « C’est bien son style de cacher l’argent là ! Elle a dû le dépenser, car elle gardait son argent dans son porte-monnaie comme tout le monde. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle a pu faire avec ce montant. Elle n’a pas parlé de gros achat à faire. Vraiment, je ne sais pas. »

Ils redescendirent au salon. « Votre sœur était célibataire, médecin spécialiste. Effectivement. Pensez-vous qu’elle aurait pu être victime d’un chantage quelconque ?

— Non, je ne vois pas pourquoi.

— Est-ce qu’elle se droguait ? Effectivement ?

— Non, évidemment.

— Est-ce qu’elle buvait ?

— Un ou deux verres de vin, le week-end.

— Est-ce qu’elle avait un amoureux ?

— Non, du moins à ma connaissance.

— Une jeune femme aussi belle qu’elle, toute seule encore à son âge… était-elle homosexuelle ?

— Non, elle a eu une relation, avec un homme, qui s’est mal terminé. C’était pendant ses études.

— Qui étaient ses amis ? »

Magalie devint rouge, écarlate et sentit quelque chose exploser en elle. En une fraction de seconde, l’effet des pilules que Gina lui avait ordonné d’avaler la veille disparut.

« Eh ! Bordel de merde ! C’est elle la victime ! Elle s’est fait tuer et vous l’accusez de tous les maux de la terre ! Comme si Sylvie pouvait se droguer ou être alcoolique ! Dites donc qu’elle était trafiquante d’armes, tant qu’à y être ! Il ne vous est même pas venu à l’esprit que ça pouvait être l’assassin qui a dû prendre l’argent ? »

— Effectivement, c’est une possibilité, effectivement, le vol pourrait être le motif du meurtre, mais nous devons tout envisager. Je suis désolé, mademoiselle. Votre sœur est victime, effectivement. Dans les prochains mois, vous allez en venir à connaître toute l’étendue de cette réalité. Elle était sans doute quelqu’un de très bien, mais nous allons devoir passer sa vie intime au peigne fin. Je vais avoir besoin de votre pleine collaboration.

— Eh bien, vous vous y prenez mal !

— Je suis désolé. Je comprends que c’est pénible pour vous, dit-il.

— Ah oui ! Est-ce que votre sœur a été assassinée, elle aussi ? Vous avez vécu la même chose que moi, vraiment ? »  Le voyant mal à l’aise, elle n’en continua pas moins. « Ne me dites pas que vous savez que c’est difficile, car vous ne savez pas !

— Effectivement. Préférez-vous poursuivre une autre fois ?

— Non, autant en finir tout de suite ! répliqua-t-elle, encore enflammée.

— Est-ce qu’on peut s’asseoir ? demanda-t-il en s’asseyant sur le divan tandis que Magalie s’installait sur un fauteuil à sa droite.

— Bon, effectivement, aucune trace d’effraction. On peut conclure qu’elle connaissait son meurtrier, puisqu’elle lui a ouvert.

— Erreur, Sylvie ne verrouille jamais ses portes, même la nuit. Elle est très distraite, révéla Magalie, qui refusait de parler d’elle au passé.

— C’est ce genre de chose que j’ai effectivement besoin de savoir. On a fouillé la pièce où on a retrouvé le corps. »  Voyant Magalie blanchir, il ajouta : « Euh ! désolé, on a fait le tour de la maison. Effectivement, on n’a trouvé aucun indice. Il semble qu’on n’ait rien volé à part peut-être ces mille dollars. C’est quand même une bonne somme. Vous n’avez vraiment aucune idée de la raison pour laquelle elle aurait eu besoin de cet argent comptant ? insista-t-il.

— Non, comme je vous ai déjà dit. Ce que je peux dire, c’est qu’elle payait plus souvent de cette façon.

— Pourriez-vous vérifier si, effectivement, il ne manque rien dans la maison, dans ses affaires, dès que possible ? Si quelque chose vous semble louche, même si c’est un détail anodin, n’hésitez pas à me le dire. Effectivement, le moindre indice peut avoir une grande importance. Parlez-moi d’elle. Avait-elle des ennemis ?

— Non, c’est ridicule. Elle était docteur, non un gangster ! Je ne vois pas qui aurait pu la menacer. Elle n’était pas homosexuelle. Célibataire endurcie. Comme je l’ai dit, lorsqu’elle était en deuxième année d’université, elle s’est aperçue que son chum, un autre étudiant en médecine, la trompait avec une infirmière. Elle l’a très mal pris. Elle en a échoué son année universitaire. Mes parents étaient très inquiets à son sujet. Elle n’est plus jamais sortie avec un homme depuis ce temps-là. Je me disais qu’un jour ou l’autre, un beau prince lui ferait changer d’avis.   Maintenant, ça n’arrivera plus, dit Magalie, le trémolo dans la voix.

— Avait-elle beaucoup d’amis ou était-elle plutôt solitaire ?

— Elle n’en avait pas tellement. Ses copines sont parties : une à Montréal, une autre aux États-Unis, de sorte qu’elle ne les voyait pas souvent. Je crois que sa vie sociale se limitait au monde médical. Elle travaillait beaucoup, passionnée par sa profession, très consciencieuse. Elle faisait de la recherche. Et elle vient, justement, d’avoir une grosse subvention pour une étude. C’est pour ça que je venais en fin de semaine. Pour fêter ça avec elle. À part ça, elle faisait de la bicyclette en été et un peu de ski en hiver. Elle se sentait responsable de moi depuis que nos parents sont décédés. J’habitais déjà à Montréal quand ils sont morts. J’étais en première année à l’université. J’avais pensé rentrer à Québec à ce moment-là, mais Sylvie m’a encouragée à finir mes études comme prévu. Je me suis fait un chum pas longtemps après et on s’est installé ensemble. Je termine mes études bientôt et j’ai l’intention de revenir à Québec après. On ne fait pas de bons Montréalais avec des Québécois ! Sylvie était absorbée totalement par son travail, alors nous attendions que je finisse mes études pour vendre la maison. Elle voulait s’acheter quelque chose de plus petit. On ne s’est pas vues fréquemment dans la dernière année. Vous savez… la distance et puis mon chum et elle ne s’entendaient pas très bien. On se parlait au moins une fois par semaine. J’avais hâte de revenir à Québec pour passer plus de temps avec elle », confia Magalie, les yeux embués de larmes.

— Quand, effectivement, rentrez-vous à Québec pour de bon ?

— En septembre.

— Avec votre chum ?

— Non, je viens de casser avec lui il y a quelques jours à peine. J’allais le dire à Sylvie et je m’attendais à ce qu’elle soit contente. Je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’elle n’est plus là.

— J’aurais une autre question pour vous. Je ne veux pas que vous le preniez mal, mais effectivement, c’est un point qu’on est obligé d’aborder pour l’enquête.

— Oui ?

— Où étiez-vous le soir du 15 juin ?

Magalie le regarda, haussant les sourcils.

— Oui, bien sûr, vous devez me poser cette question. On se croirait dans un roman policier !

— Vous comprenez, dans la vraie vie, je dois effectivement écrire un rapport et je dois consigner cet élément.

— Effectivement, affirma-t-elle, moqueuse, je suis allée magasiner avec une amie. Après, nous sommes sorties, on a pris une bière dans un bistro et Maude a dormi chez moi. Elle habite en banlieue de Montréal, on était rentrées tard et elle avait quelque chose à faire en ville le lendemain. Est-ce que je dois remercier le ciel… ou Maude d’avoir passé toute la nuit dans mon appartement ?

— Effect…. Euh ! Eh bien, la question ne se pose plus, mais j’aurai besoin de ses coordonnées… pour le rapport… Et votre ami ? C’est quoi son nom ?

— Olivier Dumontier.

— Vous mentionnez qu’il ne s’entendait pas bien avec votre sœur ?

— Oui, mais jamais il ne l’aurait assassinée ! Sylvie croyait que c’était un profiteur, un enfant gâté qui ne prend pas ses responsabilités. J’ai mis du temps à m’en apercevoir et ensuite à l’admettre.

— Bon, je pense que ça va être tout pour le moment, dit-il en se levant.

— Allez-vous me le dire ?

— Vous dire quoi ? demanda Duclerc en la regardant droit dans les yeux.

— Comment a-t-elle été tuée ? »