Dans le chapitre précédent:
Magalie a vendu la voiture de Sylvie à Denis Danserot. Elle a appris qu’elle a réussi son examen de comptabilité. Elle a célébré son succès de façon inusité. Gina l’invite à passer les vacances de Noël en Floride.
Chapitre 7
Magalie, étendue sur le ventre sous le parasol, se sentait ramollir. Le livre Le monde de Sophie traînait à côté d’elle. La chaleur dégagée par le sable de la plage à travers sa serviette multicolore, le bruit rythmé des vagues la berçait si bien, qu’elle s’était endormie. À ses côtés, Gina, assise sur une chaise, lisait le dernier roman de Mary Higgins Clark. Quelques instants plus tard, le cri des enfants qui jouaient au ballon près d’elles réveilla Magalie. Elle se retourna, le cerveau encore embrumé de sommeil. « Tu as fait un petit roupillon, interpella Gina.
— Je me suis encore endormie ! Je suis partie vraiment profondément.
— Tu ne t’en étais pas rendu compte, mais tu étais épuisée avant d’arriver ici.
— Tu as raison, Gina. Je n’arrête pas de dormir.
— Oh ! Ne t’en fais pas, j’aime bien lézarder sur le sable chaud pourvu qu’on ne soit pas trop loin de la chaise du lifeguard ! Ça me permet d’admirer ses beaux abdos. Franchement, aujourd’hui, on est gâtée avec ce beau blond. » Magalie se retourna et confirma en répliquant :
« Veux-tu qu’on aille se baigner dans les vagues, histoire d’essayer de te noyer ?
— Ah ! Ah ! Non, j’irais plutôt à la piscine en revenant au condo.
— Est-ce que tu veux qu’on aille faire un tour de voiture à Fort Lauderdale ce soir ?
— D’accord. On pourrait aller prendre un strawberry daiquiri au Shooters ?
— Et après, on ira faire un petit tour au September !
— Avec notre magnifique voiture de location, on va faire fureur. Ce n’est pas comme si l’on avait la magnifique BMW de ta sœur.
— Gina, c’est vrai, j’ai oublié de te dire que je l’ai vendue.
— Tu l’as vendue ! Mais pourquoi ? Tu aurais dû la garder pour toi. Je pensais que tu attendais de faire ton deuil avant de te débarrasser de ta Honda !
— Non, je vais m’en acheter une bien à moi. Je ne veux pas des affaires de ma sœur. Sais-tu à qui je l’ai vendue ?
— Aucune idée.
— À Denis Danserot, le père de Stéphanie. Tu te souviens de lui ?
— Oui, je l’ai vu aux funérailles. D’ailleurs, je l’ai eu comme prof et je ne l’aimais pas. Il a failli me faire couler un cours.
— Te souviens-tu cet automne, un dimanche où je raclais le terrain, tu étais venue me dire bonjour et tu t’es enfuie lorsqu’il est arrivé ?
— Vaguement.
— Il venait pour faire inspecter la voiture. Quelques jours plus tard, il rayonnait de bonheur lorsqu’il est parti avec la voiture. Tu connais les hommes et l’importance qu’ils accordent à leur voiture…
— Je comprends qu’il devait être content, une belle auto comme ça ! répliqua Gina.
— Il a vécu des moments difficiles ces derniers mois. Sa femme est partie. Il est tout seul pour élever sa fille.
— Pauvre petit, le prends-tu en pitié ou es-tu en train de devenir amoureuse de lui ?
— Ni l’un ni l’autre. Trouves-tu que j’ai raison quand je dis que c’est important une auto pour un gars ?
— Bien, ça dépend des mecs. Pourquoi ?
— Je ne le sais pas trop… Comme il a beaucoup insisté pour avoir l’auto, je me suis demandé s’il pouvait avoir un motif particulier pour expliquer le plaisir d’avoir en sa possession l’auto de Sylvie.
— Ben, c’est certain que c’est une belle voiture. Pourquoi dis-tu ça ? Tu penses que c’est lui qui l’aurait tuée ?
— Tu sautes vite aux conclusions ! déclara Magalie. C’est qu’il s’est tellement acharné. Je ne te l’ai pas raconté, mais imagine-toi qu’un soir, je suis sortie dans le garage en robe de chambre et en pantoufles. Tu aurais dû me voir ! J’ai fouillé de fond en comble la voiture, juste au cas où je découvrirais quelque chose de louche, un indice.
— Puis, tu n’as rien trouvé ?
— Exactement, Gina. Rien de rien, sauf que sa voiture d’avant était rouge.
— C’est quoi l’histoire de l’auto rouge ?
— Duclerc m’a dit qu’un voisin avait vu une voiture rouge dans la rue, le soir du meurtre. Tu pourrais peut-être sortir avec le père de Stéphanie, pour lui tirer les vers du nez. Voir s’il n’y a pas autre chose de louche.
— Tu veux que je sorte avec Denis Danserot ?
— Oui, le roux un peu bedonnant, confirma Magalie.
— Pas si bedonnant que ça.
— Franchement, je ne peux pas imaginer sérieusement qu’il ait pu faire du mal à ma sœur. Il semble un homme doux. Je deviens parano !
— Mais ne compte pas sur moi pour sortir avec lui. Même si c’est le calme plat dans ma vie amoureuse en ce moment.
— Pourquoi ? Ce n’est pas ton genre de refuser de charmer un bel homme de plus.
— Je ne le sens pas, murmura-t-elle en faisant la moue.
— Je ne sais pas pourquoi je te demande ça. De toute façon, c’est ridicule. En tout cas, je ressens un soulagement que la voiture soit vendue. C’est comme un premier pas. Ça devrait m’aider à commencer à me débarrasser des choses de Sylvie.
— Tu n’as pas encore fait le ménage de ses affaires ?
— Je n’ai rien touché. J’ai seulement vérifié ses assurances, puis j’ai fermé la porte de sa chambre et de son bureau. Il m’est impossible de ranger ou de déplacer quoi que ce soit, Gina.
— C’est vrai que tu as tellement travaillé cet automne.
— Ouais, mais c’est plus que ça. Je pense que j’ai un blocage. »
***
Vers la fin des vacances, Magalie insista pour aller explorer les magasins chics sur Worth avenue. Enfilant un jeans et un tee-shirt après une douche rapide, elle pressa Gina, qui ne finissait plus de se pomponner. Magalie avait décidé de se gâter et c’est dans une des riches boutiques de cette célèbre avenue qu’elle voulait acheter son cadeau de Noël, pour réaliser un désir de longue date.
Quand l’employée française les aperçut entrer dans le magasin, elle les salua poliment. Gina et Magalie observèrent le mouvement subtil des yeux de haut en bas et la travailleuse se détourna. Puis son nez se releva à peine de quelques millimètres avec assurance.
Les jeans et les vieilles espadrilles des jeunes femmes firent leur effet. Gina fut surprise de voir Magalie se diriger vers une salle d’essayage. Elle vint lui chuchoter à travers la cabine : « Magalie, pourquoi perds-tu ton temps à te déshabiller ? De toute façon, tu ne l’achèteras pas. Tu as regardé le prix ?
Magalie sortit de la salle d’essayage et Gina pouffa de rire. Son amie ressemblait à un éléphant.
— Qu’est-ce que je t’avais dit ? notifia Gina. C’est du linge de bonne femme ici et, en plus, la Française a presque fait une syncope quand tu lui as demandé d’essayer, murmura Gina.
Magalie la reluqua avec un clin d’œil en lui déclarant : « Laisse-moi faire, ma cocotte. » La vendeuse s’approcha et demanda : « Does it fit ?
— No, would you bring me the pink… tailleur… over there, please, exigea Magalie.
— Certainly, répondit la Française avec son accent. » Lorsqu’elle s’éloigna, Gina exprima un petit sourire en roulant les yeux au plafond.
Magalie se changea et parada devant son amie avec l’ensemble rose.
« Est-ce que tu trouves que j’ai l’air encore d’une bonne femme ? Tu vois, Gina, c’est ça de la haute couture. Ça galbe au bon endroit et ça camoufle là où il le faut !
La jupe sculptait sa silhouette à merveille et le veston suivait la ligne de sa taille et mettait en valeur sa poitrine. C’était à la fois chic et sexy.
— Wow ! Je ne pensais jamais que ça ferait cet effet-là. Si tu portes ça au bureau, tu vas impressionner les clients, affirma Gina. La vendeuse, qui les avait entendues discuter en français, vint s’enquérir d’elles, mais en anglais.
— It fits really well on you ! proclama-t-elle.
— Yes, thank you, » dit Magalie, en rentrant dans la cabine d’essayage pour remettre ses jeans. La vendeuse s’approcha de sa collègue tout près de la caisse. Gina murmura à Magalie : « Tu as remarqué ? Elle nous a parlé en anglais.
— C’est juste pour nous emmerder, prononça-t-elle avec l’accent de Paris. Je te gage qu’elle ne me demandera même pas si je l’achète. »
De fait, lorsque Magalie rapporta le vêtement, la commis le reprit avec un air ennuyé sans rien dire. Magalie la remercia. Puis, elle sortit de la boutique avec Gina sur ses talons.
Arrivée sur le trottoir, Gina s’exclama : « Tu parles d’une méchante snob !
— Un, deux, trois, quatre. »
Gina la regarda, interloquée.
« Suis-moi, Gina », ordonna Magalie.
Elles entrèrent en trombe dans le magasin.
« … de ces emmerdeuses, j’espère qu’elle n’a pas sali… »
La vendeuse s’interrompit, cramoisie, en s’apercevant que les deux Québécoises venaient de rentrer à nouveau. Magalie lui adressa un grand sourire et lui dit en français : « Savez-vous, finalement, j’ai décidé d’acheter le tailleur Chanel rose. »
Les lèvres de la dame écarlate s’écartèrent en un rictus qui fit craquer son maquillage.
« Bien », susurra-t-elle tandis que son teint devenait plus rose.
Magalie déambula dans le magasin pendant qu’on préparait sa facture. Gina, victime d’un fou rire incontrôlable, sortit pour l’attendre. Elle riait encore toute seule lorsque Magalie la rejoignit quelques instants plus tard.
« Je ne me suis jamais tant amusée, révéla-t-elle.
— Quelle magnifique leçon, c’est jouissif !
— Oui, mais ça t’a coûté cher, répliqua Gina.
— Pas plus que ce que j’avais prévu.
— J’espère que tu as payé en argent comptant. Tu as pensé à la douane ?
— Tu sais bien que je ne me promènerais jamais avec autant d’argent sur moi. Et puis j’avais déjà planifié les frais à la frontière.
— Ça, c’est bien toi ! Voyons, Magalie, porte ton achat pour le voyage de retour et ils ne s’apercevront de rien. On ne doit pas être plus saint que le pape.
— Ça prend bien une avocate pour me dire ça ! »
Quelques jours plus tard, Magalie, fière de son honnêteté et de sa tenue, franchit la douane après avoir payé son dû, pendant que Gina, exaspérée, l’attendait.
Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.
© Francine Boilard

J’ai eu beaucoup de plaisir à l’écrire! Merci, Justin pour ton intérêt.
Hihihi, j’ai énormément ptofité de cette histoire de vendeuse !