Dans le chapitre précédent:
Magalie s’est occupée de sa santé. Elle a visité le gynécologue, le dentiste et, pour sa visite chez l’ophtalmologiste, elle était accompagnée de Stéphanie. La petite avait insisté pour passer, elle aussi, un examen de la vue en même temps que Magalie. En sortant, celle-ci a croisé le docteur Lendro, un collègue de sa sœur Sylvie.
CHAPITRE 9
Le dimanche suivant, Gina et Magalie avaient réservé leur soirée pour visionner un film chez Gina. Magalie arriva équipée de tout le nécessaire requis pour leur séance officielle de filles : des chips au ketchup, des arachides, du Pepsi et de la bière. L’autre s’occupait du ciné. « Qu’est-ce que tu as loué comme film ? interrogea Magalie.
— La firme, un film avec le beau Tom Cruise, annonça Gina.
— Déformation professionnelle ? Tu devrais écouter d’autres choses que des histoires d’avocats pour te changer les idées.
— Tu as sans doute raison, mais c’est difficile de résister à Tom Cruise !
— Bière ou Pepsi ? demanda Gina.
— Un Pepsi, tu sais que je n’aime pas la bière, lui répondit Magalie. »
Quelques sacs de croustilles plus tard, la vessie de Gina réagissant à l’effet diurétique de la bière, elle voulut stopper le magnétoscope, mais ne trouva pas la télécommande. Gina arrêta le film directement sur l’appareil et dit à Magalie : « Cherche-la donc, pendant que je vais aux toilettes, je n’en peux plus. »
Magalie fouina partout, soulevant tous les coussins un à un, tassant les revues sur la table à café. Elle jeta un coup d’œil loin derrière les pots de plantes, derrière la lampe, se pencha pour regarder sous les fauteuils. « Je ne le retrouve pas, lui cria-t-elle. C’est ton chat qui l’a mangé.
— Bien non, ça ne se peut pas! Elle ne peut pas avoir disparu, je l’ai vue tout à l’heure sur le sofa, répondit Gina de la salle de bain.
Puis Magalie se rappela avoir déjà trouvé la sienne entre le coussin et l’armature du meuble. Elle faufila ses doigts dans la fente.
« Gina, c’est la pêche miraculeuse. Je fouille dans le fond de ton divan. Je trouve un peigne, un vingt-cinq sous, une carte de guichet ». Elle déplaça sa main plus vers la gauche.
« Un bras de Barbie, continua-t-elle. Je ne savais pas que tu jouais encore à Barbie !
— C’est à ma petite cousine, » mentionna Gina en revenant dans le salon.
Magalie dirigea ses doigts de nouveau vers la droite plus en profondeur.
« Bingo ! proclama-t-elle en sortant la télécommande. Et je devrais avoir droit à une récompense, car en plus, j’ai retrouvé ta carte de guichet ! »
Gina démarra le magnétoscope en affirmant :
« Ce n’est sûrement pas la mienne, je ne l’ai jamais perdue.
— Eh bien, elle doit appartenir à ta petite cousine. Oh! non, elle doit venir d’un de tes nombreux soupirants », la taquina Magalie en se dirigeant vers la cuisine.
« Il a dû la perdre pendant un de vos magnifiques ébats sur le sofa. Veux-tu une bière, Gina ?
— Sache, ma chère, que je déteste faire l’amour dans le salon. Je préfère de beaucoup la chambre à coucher et oui, s’il vous plaît, apporte-m’en une autre, demanda Gina en prenant quelques croustilles.
— Ho ! Là, là, Gina, la grande séductrice, ne baise que dans son lit confortable ! Franchement, ma belle, tu me déçois, » claironna Magalie en revenant dans la pièce avec un verre de Pepsi et une bouteille de bière. Gina saisit, à ce moment, la carte de guichet. Surprise, elle resta figée, la bouche grande ouverte.
« Qu’est-ce qui se passe, tu es toute blanche ? » interrogea Magalie, qui saisit la carte des mains.
Un cri de stupéfaction s’échappa de sa gorge lorsqu’elle regarda la carte. Une foule de questions se bousculèrent dans sa tête. Quelques secondes passèrent pendant que son cerveau essayait de tout démêler. Magalie devint rouge de colère.
« Ah ! bordel de merde. J’ai hâte de voir comment tu vas m’expliquer que la carte de guichet automatique de ma sœur est enfouie dans ton divan ! » s’écria-t-elle d’un ton emporté.
— Moi aussi, rétorqua Gina à brûle-pourpoint. Elle arrêta le film qui défilait toujours sur l’écran.
— Bordel de merde, Gina.
— Je n’en ai absolument aucune idée, riposta-t-elle d’un air affirmatif.
— Ben bordel de merde, Gina ! s’exclama-t-elle encore plus fort.
— Je te le dis et arrête de dire bordel de merde ! Pourquoi es-tu fâchée ?
— Ben bordel, tu ne m’avais pas dit que ma sœur était déjà venue chez vous ?
— Justement, Sylvie n’est jamais venue ici.
— Bordel, s’exclama encore une fois Magalie, tout rouge. Tu ne peux pas me faire croire ça.
— Arrête de dire bordel ! C’est impossible, j’y réfléchis et je suis certaine qu’elle n’a jamais mis un pied ici.
— Alors, la carte est apparue dans ton appartement par magie, attaqua Magalie.
— Voyons, Magalie. Arrête de m’accuser et de divaguer.
— Je ne t’accuse pas, mais, Gina Falardeau, tu rougis comme une tomate. Je te connais, tu me caches quelque chose. Je sais quand tu mens.
— Si je te dis la vérité, est-ce que tu me promets de ne pas te choquer ?
— Pourquoi est-ce que je me fâcherais ? » lança-t-elle, colérique.
Devant le regard accablant de Gina, Magalie approuva :
« Bon d’accord, je vais rester calme. Allez, raconte-moi.
— Ce soir-là, j’ai rencontré Jean-François et Olivier. On a pris un verre ensemble. Ils s’en allaient passer le week-end au mont Sainte-Anne.
— Oui, je sais ! C’est une des raisons pour lesquelles on a cassé. Te rappelles-tu à quelle heure tu les as rejoints ?
— Ouf ! bonne question. Attends un peu, j’ai laissé ma mère chez elle vers dix heures. Je m’en souviens parce qu’elle ne doit pas manquer son téléjournal. Le temps de me rendre sur la rue Cartier, il devait être environ dix heures et quart. Ils sont arrivés, grosso modo, cinq minutes après moi. On est parti vers minuit. Et comme ils avaient trop bu tous les deux, je les ai invités à dormir ici.
— Et qui a couché sur le divan ?
— Olivier, répondit Gina.
— Et tu ne me l’as pas dit !
— Pourquoi il aurait fallu que je te le dise ? » répliqua Gina, qui voulait éviter le sujet avec Magalie.
« D’autant plus, continua-t-elle, que je ne l’ai jamais revu après. Et toi, est-ce que tu l’as rencontré après ?
— Non, disparu dans la nature.
— Et Olivier a couché sur le sofa. Qui d’autre s’est assis dessus ? Étiez-vous uniquement tous les trois ?
— Oui, on était les trois seulement, mais, depuis ce temps, beaucoup de gens sont venus dans ce salon.
— Oh ! Et Jean-François possède une auto rouge, annonça Magalie en passant du coq à l’âne. Comment n’y ai-je pas pensé ?
— Quel est le rapport ? interrogea Gina. Ah ! Oui, je me souviens que tu m’as dit qu’un voisin a vu une auto rouge ce soir-là ».
La réponse de Magalie se fit attendre, car les idées se bousculaient dans sa tête. Olivier et Jean-François avaient dû arrêter chez Sylvie. Pourquoi ? Peut-être voulaient-ils la voir ? Magalie imagina des hypothèses. Olivier espérait peut-être que Sylvie lui donne de l’argent. Ils se disputent, il lui demande sa carte de guichet, puisqu’elle n’a pas d’argent comptant. Elle résiste et il la tue. Est-ce possible ? Est-ce qu’Olivier aurait assassiné Sylvie pour du fric ?
Magalie raconta le fil de sa réflexion à son amie qui lui répondit :
« Tu délires ! Penses-tu que le gars avec qui tu es restée pendant des mois aurait tué ta sœur ?
— Ce que tu ne sais pas, c’est que les derniers mois, Olivier avait commencé à prendre de la cocaïne. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles je l’ai quitté. Sa mère est alcoolique. Je crois que ce genre de dépendance peut être héréditaire. La drogue, c’est bien traître, ça transforme les êtres en créatures épouvantables. Je dois raconter cette histoire-là à Duclerc.
— Écoute, Magalie, peux-tu attendre un peu ? Je ne veux pas être impliquée dans tout ça et me retrouver dans le collimateur de ton inspecteur.
— Oui, mais tu n’as rien fait, Gina.
— C’est certain, je n’ai même pas vu ta sœur ce soir-là, mais j’accompagnais Olivier et Jean-François dans le bar après dix heures quinze. À quelle heure est-elle morte ? demanda Gina.
— Il pense entre dix heures du soir et six heures du matin.
— Attends, pourquoi l’inspecteur Duclerc a-t-il dit dix heures ? À cause du retrait probablement. Il supposait peut-être que Sylvie avait elle-même sorti l’argent au guichet automatique. »
Tom Cruise avait perdu tout intérêt et la soirée vidéo se termina ainsi.
Sitôt revenue à la maison, Magalie grimpa les escaliers à la course. Cette vieille maison n’avait pas de salle d’eau au rez-de-chaussée. Un défaut que Magalie se promettait de régler dans sa prochaine maison.
Détachant son pantalon d’une main, le sac dans l’autre, elle courut jusqu’à la salle de bain. Elle baissa le siège et se soulagea, le manteau encore sur le dos. Elle expira de satisfaction, mais un sentiment étrange l’envahit.
Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.
© Francine Boilard
