Dans le chapitre précédent:

Lors d’un souper au restaurant, Magalie a confronté Gina au sujet d’Olivier. Elle s’est ouverte sur sa relation avec Pierre Lormier. Le lendemain, Magalie et Pierre se sont rencontrés en joggant et ont brisé la glace…

CHAPITRE 15

 « L’opéra, c’est comme le cholestérol, ce n’est pas de mon âge ! » déclara Magalie, les yeux rieurs. Après avoir fini sa tournée à l’hôpital, le lendemain, Pierre était venu la rejoindre chez elle. À la suite de leurs ébats amoureux, elle avait mis un disque de musique classique et il avait protesté qu’il préférait l’opéra.

« Ah ! Ah ! C’est quoi, cette idée de cholestérol et d’opéra ? Je ne dois pas être si vieux que ça, lui répondit-il. Et l’on peut aimer ce genre musical à tout âge.

— Ah ! Est-ce que tu en écoutais lorsque tu étais adolescent ?

— Non, évidemment, j’étais un admirateur de The Who, The Moody Blues. Je ne comprends pas que l’opéra fait vieux jeu, mais pas la musique classique.

— C’est mon père qui nous a fait aimer le classique. Il s’amusait avec Sylvie et moi. Il mettait un morceau et l’on devait deviner le titre et le compositeur.

— Je me souviens que mes parents disaient ça, que ton père était amateur de musique classique. »

Après, Pierre avait allumé l’ordinateur de Sylvie et s’amusait à se promener d’un fichier à l’autre. Magalie, vêtue d’une robe de chambre, un café à la main, s’arrêta dans le cadre de porte du petit bureau. « Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle.

 — Je fouille.

— Ah ! As-tu trouvé quelque chose d’intéressant ?

— Non. Ça sent bon ce liquide, lança-t-il.

— C’est drôle, j’ai l’impression que ça sent le parfum de Sylvie dans ce bureau. Ça fait quelquefois que ça m’arrive. J’ai la sensation qu’elle est là.

— Ne pense pas à ça. Ne te rappelle pas sans cesse de mauvais souvenirs. Va me chercher une tasse de café à la place.

— Ce ne sont pas de mauvais souvenirs. C’est ma sœur quand même, on a eu du bon temps ensemble. Et en parlant de bon temps, tu as dû en avoir l’autre soir, mentionna Magalie en se dirigeant vers la cuisine.

— Pourquoi dis-tu ça ? lui cria-t-il du bureau de Sylvie.

— Je t’ai entrevu avec ta femme au restaurant en fin de semaine, dit Magalie, en revenant avec une tasse de café pour lui. J’ai mis un lait, un sucre. Joanie, c’est bien la blonde qui avait la robe noire ?

— On ne peut rien te cacher. Quand nous as-tu vus ?

— Au début de la soirée, Gina et moi nous avons soupé tôt avant d’aller au cinéma voir Le père de la mariée 2. Une vraie soirée de fille. Avant de partir, je suis allée aux toilettes et, en m’y rendant, je vous ai aperçus dans le salon privé lorsque vous preniez l’apéritif. Tu lui as chuchoté quelque chose à l’oreille. Je ne sais pas quoi, mais des éclairs sortaient de ses yeux, puis te regardant avec défi, elle a bu une grande gorgée.

— C’est le genre de soirée que je déteste, un souper de médecins, où l’on doit être accompagné. Joanie a pris un coup comme d’habitude. Elle est alcoolique.

— La prochaine fois, tu n’auras qu’à m’amener.

— Ah ! Ah ! Tu n’es pas drôle. Vivre avec une personne comme ça, c’est l’enfer.

— J’en sais quelque chose ! J’ai cassé avec mon ancien copain à cause de la boisson et de la drogue. En parlant de lui, sais-tu ce que j’ai appris ? Il faut que je te raconte ça. Jean-François m’a appelée l’autre après-midi.

— Qui est Jean-François ?

— Le copain d’Olivier. Tu sais, c’est lui qui m’a dit qu’ils allaient faire du parapente au téléphone. C’est comme ça que j’ai su qu’Oliver m’avait menti. Imagine-toi qu’ils ont dormi chez Gina, le soir du meurtre. »

Puis elle lui raconta la conversation téléphonique qu’elle avait eue avec Jean-François.

   « Jean-François a la langue bien pendue ! Alors, comme ça, Olivier et Gina ont couché ensemble ? Ton ancien chum et ta meilleure amie. Hum ! Tu es bien entourée ! Et puis c’est avec elle que tu es allée au resto et au cinéma ?

— Oui, mais c’est le genre de Gina ; avoir une relation d’un soir avec un gars et ne plus le revoir après.

— Tu n’es pas plus choquée que ça ?

— Plus maintenant, j’ai eu le temps de me calmer les nerfs avant de lui en parler. Et elle savait qu’on n’était plus ensemble.

— Vraiment, Magalie, je ne comprends pas que tu fasses confiance à cette fille.

— C’est le style de Gina. Ses parents sont divorcés. Ça l’a traumatisée et elle ne veut pas s’engager. Au fond, qu’elle ait baisé avec Olivier n’a pas d’importance. Mais je pense que c’est peut-être mieux l’apprendre six mois plus tard. Et ça me confirme que j’ai bien fait de casser avec lui. Imagine-toi que la journée même, le 15 juin, il me laissait des messages sur mon répondeur : “rappelle-moi, Magalie, rappelle-moi”, et le soir, il couchait avec ma meilleure amie. Maintenant, je me demande comment j’ai pu rester avec lui si longtemps.

— Est-ce que Jean-François est certain que c’est Olivier qui a pris la carte de guichet ? Est-ce qu’il l’a effectivement observé entre ses mains ? Qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas Gina qui l’a volée et qui a tué Sylvie avant qu’Olivier et Jean-François passent ? Je ne lui fais pas confiance.

— Voyons, donc ! Et pour quelles raisons aurait-elle fait ça ?

— Ne sois pas trop naïve, Magalie, tu ne connais pas l’intimité des gens. Fais attention à cette fille-là.

— J’en ai discuté avec le policier. Il a vérifié son alibi. Ça ne peut pas être elle et en plus, je crois qu’elle ne serait pas assez forte physiquement pour avoir fait ça, affirma Magalie, irritée.

— Et Olivier ?

— Ce n’est pas Olivier non plus, Pierre ! répliqua-t-elle, susceptible.

— En es-tu certaine ? Je suis inquiet pour toi, confessa-t-il en prenant tendrement son menton. Je suis content que tu aies un système d’alarme. J’espère que tu n’oublies pas de l’activer ?

— Non, non.

— Quand l’as-tu fait installer ? Est-ce qu’il est fiable ?

— La semaine dernière. J’ai pris le meilleur.

— Pourquoi ne l’as-tu pas fait avant ?

— Je ne pensais pas que je pouvais être en danger. Puis, un soir, j’étais certaine que quelqu’un était entré dans la maison.

— Comment t’en es-tu aperçue ?

— Eh bien, tu vas trouver ça fou. J’ai même failli faire venir la police, mais la peur d’avoir l’air idiote a été plus grande. En rentrant, je suis allée à la toilette et le siège était soulevé.

— Le siège était soulevé ?

— Bien, voyons. Tu dis la même chose que Gina. Lorsqu’une femme vit seule, il n’y a pas un mâle pour lever le siège. Tu n’as jamais pensé à ça, que les filles ne relèvent jamais la lunette, comme disent les Français ? J’ai conclu qu’un homme a utilisé ma toilette quand je n’étais pas là. Ça m’a pris du temps à le réaliser, je m’en suis rendu compte le lendemain.

— As-tu une idée de qui ça peut-être ?

— Non, évidemment, aucun signe d’effraction. Et puis, seule ma femme de ménage a la clé. Mais va donc savoir à qui Sylvie a pu en fournir une avant de mourir.

— Maintenant, tu es en sécurité et j’en suis bien content, d’autant plus que je pars en fin de semaine prochaine. Je dois donner une conférence à Boston. Alors je veux que tu sois prudente. Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ?

— Non, je ne peux pas, car je dois travailler le samedi matin et le soir, mon patron m’a invitée. Il accueille un gros client et il tient à ce que je sois là. À part ça, c’est de ta faute ! Car il a réalisé comment j’étais essentielle après le mauvais coup que tu lui as fait quand tu as refusé de le recevoir parce que je n’étais pas là, mentionna Magalie en le taquinant.

 — Ouais, tu as raison, mademoiselle la précieuse, répondit-il en l’embrassant.

— Est-ce qu’on va pouvoir se voir cette semaine ?

— Je n’ai pas fini de préparer ma conférence, mais je vais essayer de venir. Je prends l’avion vendredi soir.

— Je peux aller te reconduire. »

L’amour à dix-neuf heures devint une habitude pour eux.

À la date du départ, elle alla le rejoindre à son bureau où il laissa sa voiture. De là, ils se rendirent ensemble à l’aéroport avec la voiture de Magalie.

  « J’aurais dû envoyer promener mon patron et aller à Boston avec toi. Tu vas me manquer.

— Moi aussi, » lui répondit-il sans l’embrasser de peur d’être vu par un collègue. Il lui fit un clin d’œil et s’éloigna vers la porte d’embarquement.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard