Dans le chapitre précédent:

La personne qui a assassiné la sœur de Magalie est entrée, par surprise, dans la maison. Cette personne a voulu obliger la jeune femme à sortir dans la tempête et à être la complice d’un autre meurtre.

Chapitre 21

Magalie observa le revolver qu’elle tenait dans les mains et réalisa que ce n’est pas elle qui avait tiré. Elle regarda Duclerc et comprit que c’était lui. Elle le vit s’affaisser. L’arme du policier était toujours braquée sur Pierre. L’inspecteur blessé soufflait fort et l’air condensé sortait de sa bouche, comme la fumée du pistolet. Le blizzard rugissant de plus belle avait masqué le son du coup de feu.

« Bordel de merde ! »

Elle observa Pierre, la première balle n’avait qu’effleuré son manteau, mais la deuxième l’avait touché à l’épaule gauche.

Le regard de Magalie oscilla de l’un à l’autre.

Elle aida Louis Duclerc à entrer dans la maison. Et elle l’installa dans le premier fauteuil du salon. Elle se tourna et vit le vent et la neige s’engouffrer dans la maison. Vivement, elle alla fermer la porte mais s’aperçut que Pierre avait disparu !

Elle avertit Duclerc et, en se retournant, elle se rendit compte, avec effroi, que Pierre était dans le bureau de Sylvie. Elle recula vers le salon, passa par la salle à manger pour atteindre le téléphone dans la cuisine. Magalie commençait à donner son adresse à l’opératrice du 911 lorsqu’elle entendit Pierre tout jeter par terre.

« Je vais trouver les maudites notes de ta sœur, » cria Pierre.

Magalie revint dans le hall et vit Duclerc, toujours assis, proclamer d’une voix éteinte : « C’est fini, docteur Lormier. »

Elle se rapprocha du bureau, mais s’arrêta juste avant d’y entrer, tenant toujours son arme à la main. Elle la braqua vers Pierre et lui ordonna : « Sors d’ici, espèce de fumier, et va t’asseoir sur le divan. Je t’interdis de toucher aux affaires de ma sœur. » Elle lui fit signe, avec le revolver pointé sur lui, de se diriger vers le canapé. « Ben, voyons, tu ne me tireras pas dessus, la nargua-t-il, en continuant de tout jeter en l’air.

— Magalie, intervint le policier, on reste calme. Docteur Lormier, vous n’avez pas le choix, asseyez-vous ici, » en lui montrant le divan.

Magalie se mit à hurler, aussi déchaînée que le vent dehors : « Sors de cette pièce et va dans le salon, c’est un ordre. On est deux avec chacun une arme braquée sur toi. Les renforts arrivent. C’est fini. As-tu compris ? C’est terminé. Et tu n’auras jamais le mérite de la découverte de ma sœur. »

Duclerc se redressa. « Vous avez entendu, » déclara-t-il à Lormier, surpris de la véhémence de la jeune femme et de cette histoire de découverte.

Réalisant la menace, Pierre leva son bras droit, celui qui n’était pas blessé, et se dirigea dans le salon, en hésitant. Magalie se demanda comment il pouvait encore tenir debout. Puis, en passant devant elle, dans un mouvement rapide, le médecin s’empara du revolver que Magalie tenait. Il eut le temps de s’asseoir sur le divan avant que Duclerc réagisse.

Le vent fit trembler la maison.

Elle le vit mettre le bout du canon dans sa bouche à l’horizontale et viser le fond de sa gorge.

Le médecin mit quelques secondes avant de s’effondrer, mais la mort fut instantanée. L’huile au-dessus du divan, un paysage d’automne, ressemblait désormais à une œuvre abstraite.

Magalie, happée par l’émotion, sentit son corps reculer tandis qu’elle entendait un son sortir de sa bouche. L’odeur âcre de la fumée mélangée à celle du sang lui donna la nausée.

 Elle perdit conscience et s’écroula.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard