Dans le chapitre précédent:
Magalie s’est rendu compte que c’était le policier, et non pas elle, qui avait fait feu. Elle a aidé Duclerc, blessé, à entrer dans la maison. Et ensuite, grand dénouement, elle a été témoin d’un geste spectaculaire.
Chapitre 22
Gina avait encore accueilli Magalie pour dormir chez elle à la suite des derniers événements. Cette dernière avait avisé son patron qu’elle prenait une journée de congé. Donc, en ce lundi matin à huit heures, Magalie attendait dans sa voiture stationnée dans la rue devant sa maison. Puis, elle la vit arriver, déambulant sur le trottoir enneigé de son pas rythmé, avec son manteau gris. Le même qu’elle portait lorsque Magalie était enfant. Toujours fidèle au poste, beau temps, mauvais temps. Magalie sortit de la voiture et marcha pour la rejoindre.
« Bonjour madame Dubois.
— Bonjour, Magalie, mais qu’est-ce que tu fais là?
— Je vous invite à prendre un café ce matin.
— Ah oui! En quel honneur? J’espère que tu ne veux pas me mettre à la porte!
— Bien non! Mais regardez, la maison est encore garnie ce matin, s’exclama Magalie en lui montrant les rubans jaunes des policiers.
— Oh mon Dieu! Que s’est-il passé encore?
— Allez, embarquez dans la voiture, je vais vous expliquer tout cela. »
Elles réussirent, par miracle, à se stationner dans les bancs de neige accumulés sur la rue Cartier.
Quelques instants plus tard, attablée au café Krieghoff, Magalie dévorait une bonne assiette d’œuf et de jambon. Elle venait de tout lui raconter. « Ce café-là, c’est de la vraie dynamite, comme ce que tu viens de me conter, dit madame Dubois. Je n’en reviens pas. Mais je suis contente de te voir manger. Je m’inquiète pour toi, tu as maigri.
— J’ai beaucoup travaillé depuis que j’ai commencé mon emploi et je fais de la course aussi, répliqua Magalie avec un geste de la main signifiant que cela n’avait pas d’importance. Je voulais vous demander quelque chose, continua-t-elle. Vous n’aviez pas remarqué que Sylvie avait un chum?
— Tu sais, Magalie, ce qui fait mon succès, c’est que je suis comme une horloge. Même heure, même poste, chaque semaine. Les gens savent quand j’arrive et quand je pars. Ça leur permet de garder leur intimité. J’avais bien vu que Sylvie rayonnait. Oui, je me doutais qu’il y avait un monsieur dans l’air. Et à la fin, je la trouvais stressée, mais jamais je ne me serais attendu à ce qui s’est passé. Comme pour toi, je trouvais que tu étais plus souriante, mais je n’ai jamais vu le monsieur. Et là, ce matin… Tu es certaine que tu ne veux pas que j’aille faire le ménage?
— Croyez-moi, madame Dubois, vous ne voulez pas y aller, » argumenta Magalie. Elle revit la cervelle éclaboussée sur le tableau au-dessus du divan. Et, levant sa tasse pour prendre une gorgée, sa bouche se tordit, ses joues se contractèrent. Madame Dubois lui toucha la main et lui dit : « Laisse le méchant sortir. » Puis elle fouilla dans son sac et lui tendit deux mouchoirs. Magalie se cacha le visage. « Allez, pleure un bon coup, puis donne-toi deux minutes et ça va se calmer. »
Deux minutes plus tard, Magalie lui rappela en s’essuyant les yeux : « Vous disiez la même chose lorsque j’étais petite.
— C’est comme ça que ça marche. Allez, finis ton assiette, ça va te faire du bien. J’espère que, toi aussi, tu prends congé aujourd’hui ?
— Oui, et franchement, avec toutes les heures supplémentaires que j’ai faites jusqu’à maintenant, il n’y a pas de problème. »
Après être allée reconduire madame Dubois chez elle, Magalie arrêta chez un fleuriste, puis se rendit à l’hôpital. Devant la porte, armée de son bouquet, elle s’arrêta et se mit à respirer plus rapidement. « Oh ! Non, ça me reprend encore, » remarqua-t-elle. Elle recula, laissa d’autres gens entrer. « Il faut que tu ailles le voir, Magalie, il t’a sauvé la vie, » se dit-elle. Soudain, elle entendit la voix de Sylvie résonner dans sa tête : « Let’s go ma sœur, t’es capable! » Magalie expira tout l’air qu’elle pouvait et fonça.
Elle arriva au chevet de l’inspecteur Duclerc avec son immense bouquet de fleurs et un sourire aux lèvres. Il avait été opéré et reprenait du mieux, mais il était toujours sous l’effet des calmants. « Vous m’avez sauvé la vie, inspecteur. Je vous serai éternellement reconnaissante. Mais, bordel, voulez-vous me dire pourquoi vous étiez sur mon perron dimanche matin, juste au bon moment?
— C’était une bonne idée en bordel? Hein? répliqua-t-il avec un sourire.
— Ah ! Ah ! Effectivement, lui répondit-elle en souriant et en le pointant du doigt.
— J’avais votre chum à l’œil.
— Vous n’étiez même pas au courant que j’avais un chum et on venait à peine de commencer à sortir ensemble.
— Erreur. Effectiv… » Il rit en prenant encore conscience de son tic de langage. « Je sais. Vous ne m’aviez pas dit que vous aviez un amoureux. Étant donné que l’enquête piétinait, j’ai dû activer un peu les choses. J’ai donc fait des observations et je vous ai suivie.
— Oh ! Je ne m’en suis même pas rendu compte !
— Je sais. J’ai découvert votre relation avec le docteur Lormier et j’ai enquêté sur lui. Savez-vous que c’est le beau-frère du docteur Lendro ?
— Son beau-frère, répéta-t-elle, surprise. Je n’en avais aucune idée! C’est drôle, je me souviens avoir parlé de lui à Pierre parce qu’après mon examen de la vue, le docteur Lendro l’a rencontré dans son bureau. Il m’avait dit que c’était un collègue. Rien de plus, ça doit vouloir dire qu’il voulait me le cacher.
— J’ai aussi découvert que votre Pierre Lormier était violent avec sa femme, la sœur du docteur Lendro. Mais elle ne voulait pas porter plainte ni le quitter. Et c’était un conflit entre les deux médecins.
— Ça, je l’ai réalisé en lisant la lettre de ma sœur. » Elle lui expliqua comment le déclic s’était fait en lisant cette missive. « Mais de quelle lettre parlez-vous, Magalie? demanda le policier.
— Oh ! C’est vrai, vous ne savez pas encore l’histoire de la lettre. »
Magalie relata à Duclerc sa découverte. « Voilà le mobile, déclara-t-il. Vous avez trouvé ça dans sa bibliothèque? Pourtant, on a fouillé partout, je ne comprends pas, s’exclama le policier.
— Vous ne pouviez pas la trouver. Impossible, c’était tellement bien caché, le réconforta-t-elle. »
Elle chercha dans son sac à main et lui tendit le duplicata de la fameuse missive.
« La voici, je l’ai apportée pour que vous puissiez la lire, ajouta-t-elle en lui remettant le feuillet. Mais, avant, je voudrais savoir comment a été votre rencontre avec le père de Stéphanie?
— En fait, c’est pour ça que je suis allé chez vous. Mais je devais également savoir ce qui se passait avec le docteur Lormier. Je n’avais aucun mobile, aucun lien, aucune preuve contre lui. Je savais qu’il allait à Boston, mais je ne pouvais pas l’empêcher de sortir du pays. Pour ce qui est de Denis Danserot, je l’ai interrogé. Son avocate était là. Il a confirmé la version de sa fille, mais, après avoir vu Sylvie vivante, il est allé chez d’autres gens, des parents d’amies de Stéphanie. Il me les a énumérés et ils ont tous confirmé sa version des faits. Mais le timeline était serré et ne jouait pas en sa faveur. Je ne l’avais pas éliminé des suspects. Je voulais vous en parler. Et j’avais aussi un drôle de sentiment à propos du docteur Lormier.
— Quand le téléphone a sonné, samedi après-midi, c’était Pierre qui m’appelait de Boston. Je ne me rappelle pas, exactement, quels mots j’ai utilisés, j’étais si énervée. Pierre a dû comprendre que la petite avait été témoin du meurtre. C’est pour ça qu’il est revenu pendant la nuit et qu’il était chez moi dimanche matin. Je suis encore en état de choc. »
Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.
© Francine Boilard

Merci beaucoup, Marie-Josée, pour ton intérêt et tes encouragements.
Ma lecture captivante de ton roman tire à sa fin….
Plus que l’épilogue et mon plaisir de te lire devra attendre ton prochain roman
Car oui tu dois en écrire un autre pour tes lecteurs assidus