Épilogue, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

Magalie est allée à la rencontre de madame Dubois pour éviter qu’elle entre dans la maison. Ensuite, elle est allée visiter l’inspecteur Duclerc à l’hôpital. Elle lui a expliqué la lettre de sa sœur. Et, elle s’est rendu compte qu’il était beaucoup plus futé qu’il le laissait paraître.

Épilogue

Magalie s’assoit sur le fauteuil fleuri.

Celui dans lequel elle avait caché, dans une fente entre les coussins, les disquettes et la lettre de sa sœur. Elle y glissa la main pour s’assurer que l’espace était vide.

Savourant le doux ronronnement du frigo, elle tenta d’oublier les sons traumatisants de ce dimanche matin qui l’obsédaient.

Elle ferma les yeux et inspira. Magalie se leva soudain pour se diriger vers l’escalier et flaira. Elle se déplaça vers la cuisine, hésita, n’ouvrit pas la porte à battant qui menait à la salle à manger. Elle marcha vers le hall d’entrée, puis dans le salon et là, elle s’avança vers la salle à manger. Magalie retourna s’asseoir sur le fauteuil dans le bureau qui était désormais le sien. Elle huma de nouveau. Lentement.

L’odeur du parfum de Sylvie avait disparu de la maison.

Le soleil perça et inonda la pièce de lumière.

Les événements qu’elle avait vécus ce fameux matin resteraient à jamais gravés dans sa mémoire. Est-ce qu’elle pouvait prétendre n’avoir aucun regret ? Pouvait-elle se convaincre qu’elle n’aurait rien pu changer ? Peut-être ce moment où elle avait succombé aux charmes de Pierre ?

Comme c’était facile de juger, après.

Elle constata une évidence, cela prendrait une éternité avant qu’elle retombe dans les bras d’un homme. Les piliers sur lesquels s’appuyaient ses décisions s’étaient effondrés. Et, dans les débris de ces piliers s’émiettait ce qui lui restait de confiance.

Magalie sursauta au bruit de la sonnette d’entrée. Elle se leva, jeta un coup d’œil par la fenêtre et aperçut Gina, qui attendait devant la porte. L’espace d’un instant, elle se souvint que Pierre lui avait fait douter de sa meilleure amie. Une vague d’affection la submergea. Magalie se hâta pour ouvrir la porte à sa copine et reçut un câlin.

Gina entra et inspecta le rez-de-chaussée. « Ouais, good job. L’entreprise de nettoyage a fait un bon travail. Mais ils n’ont pas remis le cadre au-dessus du divan.

— Oui, ils l’ont fait. C’est moi qui l’ai enlevé.

— Ils ont raté le nettoyage ?

— Non, ils ont bien réussi, mais, premièrement, j’ai toujours détesté cette toile. Et deuxièmement, lorsque je la regardais, je ne voyais plus un paysage d’automne. Je visualisais un tableau d’art moderne créé par le sang et la cervelle de Pierre. Je l’ai rangé loin dans le sous-sol.

— Excellente décision. Alors, es-tu prête maintenant à planter la pancarte à vendre dans le banc de neige ?

— Non, imagine-toi que j’ai changé d’idée.

— Quoi ?

— Après une discussion avec Duclerc, j’ai beaucoup réfléchi. Je vais essayer de faire du neuf avec du vieux. C’est tout ce qui me reste de ma famille, dit-elle avec un trémolo dans la voix. Alors j’ai décidé de garder la vieille maison et de la rénover.

— Je ne m’attendais pas à ça mais je t’appuie à cent pourcent, » dit Gina en la prenant dans ses bras. « Je suis là pour toi.

 — Merci, Gina. Et, sais-tu quoi? Devine ce que j’ai découvert?

— Aucune idée.

— J’ai trouvé la recette de rôti de veau de ma mère. » Gina s’esclaffa. « Tu veux essayer d’en faire? Tu veux que je sois un cobaye? N’oublie pas que j’y ai déjà goûté à ce fabuleux rôti.

— Oui, je veux faire un souper avec toi et Louis.

— Louis?

— Louis Duclerc.

— Oh! On l’appelle Louis maintenant, la taquina Gina.

— Il m’a sauvé la vie.

— Je dis d’accord pour le souper, mais à une condition : être accompagnée.

— Quoi? Tu as un chum?

— Chum, c’est un bien grand mot.

— Ah! Ah! Je te reconnais bien là.

— Je voulais attendre avant de t’en parler. Bien, disons qu’on se voit. Régulièrement.

— Allez, crache le morceau, c’est Martin?

— Martin? Bien non. Quel Martin?

— Le Martin de l’autre soir. Arrête de me faire languir.

— Tu le connais, avoua Gina en rougissant un peu. Denis.

— Denis? Denis Danserot, s’exclama Magalie en éclatant de rire.

— Pourquoi ris-tu comme ça?

— Ben, voyons, Gina! Je suis surprise, tu semblais vraiment le détester chaque fois qu’on en parlait.

— Ouais, sais-tu comment j’ai réalisé ça?

— Petite cachottière, raconte-moi ça.

— L’autre soir, lorsque je devais rejoindre Martin, j’ai annulé mon rendez-vous après être sortie de chez vous. Tu m’as dit que Duclerc allait chez Denis pour l’interroger. Je n’ai pas hésité et je me suis pointée immédiatement chez lui. Il a beau être avocat, quand tu te fais poser des questions au sujet d’un meurtre par un policier, c’est toujours malaisant. J’ai sonné et, lorsqu’il a ouvert, je lui ai dit que j’étais son avocate et je suis entrée. Tu aurais dû lui voir la face, mais, au fond, il était content.

— J’imagine surtout lorsqu’il a vu la petite robe sexy que tu portais ce soir-là, » ajouta Magalie.

Elle observa son amie et prit conscience de ses sentiments. « Tu es en amour, Gina!

— Ah! Et ça me fait tellement peur.

— Je suis heureuse pour toi, renchérit Magalie en la prenant dans ses bras. Et, c’est certain qu’on va l’inviter à souper. Et avec Stéphanie en plus. Dis-moi, comment réagit-elle?

— Bien, mais, heureusement, je suis ta meilleure amie, ça me donne une chance.

— C’est parfait, » conclut Magalie.

Fin

 


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 22, La dernière lettre de ma soeur

Dans le chapitre précédent:

Magalie s’est rendu compte que c’était le policier, et non pas elle, qui avait fait feu. Elle a aidé Duclerc, blessé, à entrer dans la maison. Et ensuite, grand dénouement, elle a été témoin d’un geste spectaculaire.

Chapitre 22

Gina avait encore accueilli Magalie pour dormir chez elle à la suite des derniers événements. Cette dernière avait avisé son patron qu’elle prenait une journée de congé. Donc, en ce lundi matin à huit heures, Magalie attendait dans sa voiture stationnée dans la rue devant sa maison.   Puis, elle la vit arriver, déambulant sur le trottoir enneigé de son pas rythmé, avec son manteau gris. Le même qu’elle portait lorsque Magalie était enfant. Toujours fidèle au poste, beau temps, mauvais temps. Magalie sortit de la voiture et marcha pour la rejoindre.

« Bonjour madame Dubois.

— Bonjour, Magalie, mais qu’est-ce que tu fais là?

— Je vous invite à prendre un café ce matin.

— Ah oui! En quel honneur? J’espère que tu ne veux pas me mettre à la porte!

— Bien non! Mais regardez, la maison est encore garnie ce matin, s’exclama Magalie en lui montrant les rubans jaunes des policiers.

— Oh mon Dieu! Que s’est-il passé encore?

— Allez, embarquez dans la voiture, je vais vous expliquer tout cela. »

Elles réussirent, par miracle, à se stationner dans les bancs de neige accumulés sur la rue Cartier.

Quelques instants plus tard, attablée au café Krieghoff, Magalie dévorait une bonne assiette d’œuf et de jambon. Elle venait de tout lui raconter. « Ce café-là, c’est de la vraie dynamite, comme ce que tu viens de me conter, dit madame Dubois. Je n’en reviens pas. Mais je suis contente de te voir manger. Je m’inquiète pour toi, tu as maigri.

— J’ai beaucoup travaillé depuis que j’ai commencé mon emploi et je fais de la course aussi, répliqua Magalie avec un geste de la main signifiant que cela n’avait pas d’importance. Je voulais vous demander quelque chose, continua-t-elle. Vous n’aviez pas remarqué que Sylvie avait un chum?

— Tu sais, Magalie, ce qui fait mon succès, c’est que je suis comme une horloge. Même heure, même poste, chaque semaine. Les gens savent quand j’arrive et quand je pars. Ça leur permet de garder leur intimité. J’avais bien vu que Sylvie rayonnait. Oui, je me doutais qu’il y avait un monsieur dans l’air. Et à la fin, je la trouvais stressée, mais jamais je ne me serais attendu à ce qui s’est passé. Comme pour toi, je trouvais que tu étais plus souriante, mais je n’ai jamais vu le monsieur. Et là, ce matin… Tu es certaine que tu ne veux pas que j’aille faire le ménage?

— Croyez-moi, madame Dubois, vous ne voulez pas y aller, » argumenta Magalie. Elle revit la cervelle éclaboussée sur le tableau au-dessus du divan. Et, levant sa tasse pour prendre une gorgée, sa bouche se tordit, ses joues se contractèrent. Madame Dubois lui toucha la main et lui dit : « Laisse le méchant sortir. » Puis elle fouilla dans son sac et lui tendit deux mouchoirs. Magalie se cacha le visage. « Allez, pleure un bon coup, puis donne-toi deux minutes et ça va se calmer. »

Deux minutes plus tard, Magalie lui rappela en s’essuyant les yeux : « Vous disiez la même chose lorsque j’étais petite.

— C’est comme ça que ça marche. Allez, finis ton assiette, ça va te faire du bien. J’espère que, toi aussi, tu prends congé aujourd’hui ?

— Oui, et franchement, avec toutes les heures supplémentaires que j’ai faites jusqu’à maintenant, il n’y a pas de problème. »

Après être allée reconduire madame Dubois chez elle, Magalie arrêta chez un fleuriste, puis se rendit à l’hôpital. Devant la porte, armée de son bouquet, elle s’arrêta et se mit à respirer plus rapidement. « Oh ! Non, ça me reprend encore, » remarqua-t-elle. Elle recula, laissa d’autres gens entrer. « Il faut que tu ailles le voir, Magalie, il t’a sauvé la vie, » se dit-elle. Soudain, elle entendit la voix de Sylvie résonner dans sa tête : « Let’s go ma sœur, t’es capable! » Magalie expira tout l’air qu’elle pouvait et fonça.

Elle arriva au chevet de l’inspecteur Duclerc avec son immense bouquet de fleurs et un sourire aux lèvres. Il avait été opéré et reprenait du mieux, mais il était toujours sous l’effet des calmants. « Vous m’avez sauvé la vie, inspecteur. Je vous serai éternellement reconnaissante. Mais, bordel, voulez-vous me dire pourquoi vous étiez sur mon perron dimanche matin, juste au bon moment?

— C’était une bonne idée en bordel? Hein? répliqua-t-il avec un sourire.

— Ah ! Ah ! Effectivement, lui répondit-elle en souriant et en le pointant du doigt.

— J’avais votre chum à l’œil.

— Vous n’étiez même pas au courant que j’avais un chum et on venait à peine de commencer à sortir ensemble.

— Erreur. Effectiv… » Il rit en prenant encore conscience de son tic de langage. « Je sais. Vous ne m’aviez pas dit que vous aviez un amoureux. Étant donné que l’enquête piétinait, j’ai dû activer un peu les choses. J’ai donc fait des observations et je vous ai suivie.

— Oh ! Je ne m’en suis même pas rendu compte !

— Je sais. J’ai découvert votre relation avec le docteur Lormier et j’ai enquêté sur lui. Savez-vous que c’est le beau-frère du docteur Lendro ?

— Son beau-frère, répéta-t-elle, surprise. Je n’en avais aucune idée! C’est drôle, je me souviens avoir parlé de lui à Pierre parce qu’après mon examen de la vue, le docteur Lendro l’a rencontré dans son bureau. Il m’avait dit que c’était un collègue. Rien de plus, ça doit vouloir dire qu’il voulait me le cacher.

— J’ai aussi découvert que votre Pierre Lormier était violent avec sa femme, la sœur du docteur Lendro. Mais elle ne voulait pas porter plainte ni le quitter. Et c’était un conflit entre les deux médecins.

— Ça, je l’ai réalisé en lisant la lettre de ma sœur. »  Elle lui expliqua comment le déclic s’était fait en lisant cette missive. « Mais de quelle lettre parlez-vous, Magalie? demanda le policier.

— Oh ! C’est vrai, vous ne savez pas encore l’histoire de la lettre. »

Magalie relata à Duclerc sa découverte. « Voilà le mobile, déclara-t-il. Vous avez trouvé ça dans sa bibliothèque? Pourtant, on a fouillé partout, je ne comprends pas, s’exclama le policier.

— Vous ne pouviez pas la trouver. Impossible, c’était tellement bien caché, le réconforta-t-elle. »

Elle chercha dans son sac à main et lui tendit le duplicata de la fameuse missive.

« La voici, je l’ai apportée pour que vous puissiez la lire, ajouta-t-elle en lui remettant le feuillet. Mais, avant, je voudrais savoir comment a été votre rencontre avec le père de Stéphanie?

— En fait, c’est pour ça que je suis allé chez vous. Mais je devais également savoir ce qui se passait avec le docteur Lormier. Je n’avais aucun mobile, aucun lien, aucune preuve contre lui. Je savais qu’il allait à Boston, mais je ne pouvais pas l’empêcher de sortir du pays. Pour ce qui est de Denis Danserot, je l’ai interrogé. Son avocate était là. Il a confirmé la version de sa fille, mais, après avoir vu Sylvie vivante, il est allé chez d’autres gens, des parents d’amies de Stéphanie. Il me les a énumérés et ils ont tous confirmé sa version des faits. Mais le timeline était serré et ne jouait pas en sa faveur. Je ne l’avais pas éliminé des suspects. Je voulais vous en parler. Et j’avais aussi un drôle de sentiment à propos du docteur Lormier.

— Quand le téléphone a sonné, samedi après-midi, c’était Pierre qui m’appelait de Boston. Je ne me rappelle pas, exactement, quels mots j’ai utilisés, j’étais si énervée. Pierre a dû comprendre que la petite avait été témoin du meurtre. C’est pour ça qu’il est revenu pendant la nuit et qu’il était chez moi dimanche matin. Je suis encore en état de choc. »

 


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 21, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

La personne qui a assassiné la sœur de Magalie est entrée, par surprise, dans la maison. Cette personne a voulu obliger la jeune femme à sortir dans la tempête et à être la complice d’un autre meurtre.

Chapitre 21

Magalie observa le revolver qu’elle tenait dans les mains et réalisa que ce n’est pas elle qui avait tiré. Elle regarda Duclerc et comprit que c’était lui. Elle le vit s’affaisser. L’arme du policier était toujours braquée sur Pierre. L’inspecteur blessé soufflait fort et l’air condensé sortait de sa bouche, comme la fumée du pistolet. Le blizzard rugissant de plus belle avait masqué le son du coup de feu.

« Bordel de merde ! »

Elle observa Pierre, la première balle n’avait qu’effleuré son manteau, mais la deuxième l’avait touché à l’épaule gauche.

Le regard de Magalie oscilla de l’un à l’autre.

Elle aida Louis Duclerc à entrer dans la maison. Et elle l’installa dans le premier fauteuil du salon. Elle se tourna et vit le vent et la neige s’engouffrer dans la maison. Vivement, elle alla fermer la porte mais s’aperçut que Pierre avait disparu !

Elle avertit Duclerc et, en se retournant, elle se rendit compte, avec effroi, que Pierre était dans le bureau de Sylvie. Elle recula vers le salon, passa par la salle à manger pour atteindre le téléphone dans la cuisine. Magalie commençait à donner son adresse à l’opératrice du 911 lorsqu’elle entendit Pierre tout jeter par terre.

« Je vais trouver les maudites notes de ta sœur, » cria Pierre.

Magalie revint dans le hall et vit Duclerc, toujours assis, proclamer d’une voix éteinte : « C’est fini, docteur Lormier. »

Elle se rapprocha du bureau, mais s’arrêta juste avant d’y entrer, tenant toujours son arme à la main. Elle la braqua vers Pierre et lui ordonna : « Sors d’ici, espèce de fumier, et va t’asseoir sur le divan. Je t’interdis de toucher aux affaires de ma sœur. » Elle lui fit signe, avec le revolver pointé sur lui, de se diriger vers le canapé. « Ben, voyons, tu ne me tireras pas dessus, la nargua-t-il, en continuant de tout jeter en l’air.

— Magalie, intervint le policier, on reste calme. Docteur Lormier, vous n’avez pas le choix, asseyez-vous ici, » en lui montrant le divan.

Magalie se mit à hurler, aussi déchaînée que le vent dehors : « Sors de cette pièce et va dans le salon, c’est un ordre. On est deux avec chacun une arme braquée sur toi. Les renforts arrivent. C’est fini. As-tu compris ? C’est terminé. Et tu n’auras jamais le mérite de la découverte de ma sœur. »

Duclerc se redressa. « Vous avez entendu, » déclara-t-il à Lormier, surpris de la véhémence de la jeune femme et de cette histoire de découverte.

Réalisant la menace, Pierre leva son bras droit, celui qui n’était pas blessé, et se dirigea dans le salon, en hésitant. Magalie se demanda comment il pouvait encore tenir debout. Puis, en passant devant elle, dans un mouvement rapide, le médecin s’empara du revolver que Magalie tenait. Il eut le temps de s’asseoir sur le divan avant que Duclerc réagisse.

Le vent fit trembler la maison.

Elle le vit mettre le bout du canon dans sa bouche à l’horizontale et viser le fond de sa gorge.

Le médecin mit quelques secondes avant de s’effondrer, mais la mort fut instantanée. L’huile au-dessus du divan, un paysage d’automne, ressemblait désormais à une œuvre abstraite.

Magalie, happée par l’émotion, sentit son corps reculer tandis qu’elle entendait un son sortir de sa bouche. L’odeur âcre de la fumée mélangée à celle du sang lui donna la nausée.

 Elle perdit conscience et s’écroula.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 20, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

Un dimanche matin où il faisait tempête, Magalie a lu la dernière lettre de sa sœur et a compris beaucoup de choses. Cela a ravivé plusieurs souvenirs douloureux. Elle allait appeler l’inspecteur Duclerc lorsque quelqu’un est arrivé.

Chapitre 20

Prise de panique, elle glissa la lettre et les deux disquettes dans la fente, entre le coussin et le rebord du fauteuil. Elle se leva en essayant de ne pas s’affoler. Inutile de courir vers la porte, pour la verrouiller, Pierre l’avait déjà ouverte.

« Qu’est-ce que tu fais ici, tu es supposé être à Boston, lui demanda-t-elle en restant calme, mais blanche de peur.

— Crisse de tempête », répondit-il.

La barbe longue, les cheveux hirsutes, le manteau détaché, il avait l’air de quelqu’un qui n’a pas dormi de la nuit. En entrant dans le salon, elle remarqua son haleine.

« Salut ma belle. T’es-tu ennuyé de moi ?

— Je suis surprise de te voir ici. J’attendais plutôt ton téléphone, je n’ai pas été capable de te rejoindre hier.

— As-tu du scotch, réclama-t-il

— Du scotch, voyons Pierre, il n’est pas dix heures du matin. Qu’est-ce qui se passe ? »

Voyant son regard furieux, elle murmura :

« D’accord, je vais voir. » Elle se dirigea vers le buffet de la salle à manger. « Je ne sais pas si j’en ai, je n’en bois jamais, mais il reste peut-être de vieilles bouteilles, » ajouta-t-elle.

Ses mains tremblantes firent s’entrechoquer les flacons. Son cœur battait trop fort, elle avait la bouche sèche. Elle dénicha un scotch qui devait dater de plusieurs années.

— Oui, j’en ai, répondit-elle en espérant qu’il ne sentirait pas les trémolos dans sa voix.

Elle saisit un vieux verre old-fashioned sur le dessus du buffet et y versa le liquide ambré. Le cliquetis de la bouteille contre le verre taillé n’enterra pas le bruit du vent. « Calme-toi, pensa-t-elle. Il ne sait pas que tu as découvert la lettre. Bordel, il ne doit pas trouver les disquettes! » Elle lui tendit la boisson et sursauta en voyant qu’il avait un revolver dans sa main droite. Magalie sentit encore son haleine alcoolisée. « Pourquoi as-tu une arme, Pierre ?

— Mets le verre sur la table à café, assieds-toi, là », ordonna-t-il en pointant un fauteuil du salon avec l’arme. Magalie s’exécuta, affolée de le contrarier. Il s’installa sur le canapé. Elle se tenait les mains pour essayer d’en contrôler le tremblement et elle songea, avec effroi, qu’il allait peut-être la tuer.

La lettre cachée lui revenait à l’esprit. Est-ce qu’on retrouverait cette missive? Peut-être que Gina, par miracle, penserait à chercher là, lorsqu’on aurait retrouvé son cadavre. Un nœud dans l’estomac, elle réalisa qu’il ne savait pas ce qui était arrivé la veille. Elle n’avait pas pu le rejoindre après les révélations de Stéphanie. « Pourquoi es-tu revenu à Québec plus tôt? interrogea-t-elle. Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi cette arme? » insista-t-elle avec le ton le plus naïf possible.

Un sentiment de désespoir l’envahit. « Calme-toi, il n’est pas au courant de la lettre de Sylvie, puisque je l’ai trouvée. »  En un éclair, la lumière se fit dans son esprit. La peur l’avait empêchée de comprendre. Pierre devait croire que Stéphanie l’avait identifié.

« J’ai loué une auto à Boston et je suis revenu cette nuit. Je sais que tu sais, affirma-t-il.

— Que je sais quoi ?

— Que j’ai tué ta sœur ! C’était un accident. Crisse, pourquoi je ne me suis pas aperçu que quelqu’un était là? J’étais absolument sûr que personne ne m’avait vu.

— Tu as tué ma sœur, ne put s’empêcher de répéter Magalie.

— Tu m’en as donné de la misère, en installant le maudit système d’alarme. Je n’en suis pas revenu que tu aies remarqué que quelqu’un avait pissé chez vous! Ça prend une maudite téteuse de comptable pour se rendre compte d’un détail comme ça! J’ai été obligé de jouer le grand jeu si je voulais fouiller dans les affaires de ta sœur. Mais ils ne m’auront pas, câlisse. Maintenant, j’ai un plan. On va aller chez Stéphanie. J’y ai pensé toute la nuit. On va aller se débarrasser de la petite. Puis, tu vas m’aider. Elle te connaît, elle a confiance en toi.

— Voyons, Pierre, tu ne peux pas faire ça! C’est quoi cette histoire avec Stéphanie? » répliqua Magalie, essayant de jouer l’innocence. « Regarde-moi bien faire. Si tu crois qu’une petite écornifleuse va m’accuser de meurtre, il n’en est pas question. Elle va avoir un accident. Habille-toi, on va la chercher.

— N’y pense même pas, réagit Magalie.

— Tu n’as pas le choix, ordonna-t-il en la pointant avec l’arme.

— Pierre, tu vas tuer une enfant? Vraiment?

— Lève-toi et mets ton manteau, tabarnac, fut sa réponse. C’est de sa faute, la petite câlisse. »

Magalie ne savait plus quoi imaginer pour gagner du temps, mais elle réalisa qu’il devait aussi se débarrasser d’elle, puisqu’il venait de lui avouer le meurtre. « Faut que j’aille à la toilette, trouva-t-elle à dire.

— Bien, tu vas te retenir. Grouille-toi, on s’en va chez la petite. »

Elle se leva, prit le verre vide et se dirigea vers la cuisine. « Où tu vas? Stop! Qu’est-ce que tu fais? demanda-t-il, agressif.

— Je vais porter ton verre dans la cuisine, rétorqua-t-elle.

— Lâche-moi tes maudites manies, puis mets ton manteau. »

Elle replaça le verre sur la table à café. « Si elle n’est pas chez elle?

— Tu vas la trouver. Avance, » ordonna-t-il en pointant de nouveau le revolver. Elle ouvrit le placard, mit une parka et enfila des bottes. « On va prendre ton auto, as-tu tes clés? » demanda-t-il.

Elle se retourna vers la table de l’entrée, prit son sac. Il posa sa main sur une épaule et, de l’autre, planta la pointe de l’arme dans ses côtes. « Je t’avertis, ne fais pas de niaiseries. Ouvre la porte. »

Elle tourna la poignée, la neige s’engouffra dans le vestibule. Lorsqu’elle mit le pied sur le pas de la porte, le mugissement du vent la pétrifia. Elle entraperçut une ombre dans son champ visuel droit. Sans retourner la tête, elle s’exclama : « Oh! Je pense que mes clés sont dans les poches de mon autre manteau.

— Ouvre ta sacoche, vérifie. »

Elle obtempéra et referma la porte pour empêcher la neige et la bourrasque de s’engouffrer dans la maison. « J’ai mis mon autre manteau hier soir pour le souper chez mon patron. Les clés doivent être là. »

Toujours menacée, elle se tourna, entra, ouvrit la penderie et fouilla dans son manteau. Elle saisit les clés et affirma : « Voilà, je les ai. Pierre, tu ne peux pas aller tuer Stéphanie, reprit-elle un ton plus haut. Ça n’a aucun sens.

— Ferme ta gueule et avance, » commanda-t-il.

Magalie referma le placard et le duo se dirigea à nouveau vers la porte extérieure, Magalie devant Pierre. Elle ouvrit et la neige pénétra encore dans le vestibule. Elle traversa le pas et, lorsque Pierre franchit à son tour le seuil, l’ombre à droite bougea et s’exclama:

« STOP! »

Magalie se retourna enfin. Ahurie, elle aperçut l’inspecteur Duclerc qui braquait un pistolet vers Pierre.

« Ça s’arrête ici, docteur Lormier, continua le policier.

— Je vais la tuer, j’ai un revolver pointé sur elle », menaça le médecin.

Magalie se mit à respirer bruyamment.

« Baissez votre arme, » ordonna Duclerc.

Magalie haletait de plus en plus fort. « Arrête tes hosties de niaiseries, Mag. Je vais la tirer, », annonça-t-il en regardant le policier dans les yeux.

Soudain, les genoux de Magalie ployèrent dans une feinte bien maîtrisée. Pierre, désarçonné, se retourna et fit feu sur le policier. Il l’atteignit à l’épaule.

Magalie en profita pour saisir la pelle à neige à gauche de la porte et assena un coup à la tête de Pierre. Celui-ci chancela pendant une fraction de seconde, ce qui permit à Duclerc de viser. L’arme de Pierre tomba par terre, Magalie s’en empara. Sonné, le médecin essaya de se tenir debout en s’accrochant à la rampe.

« Espèce de fumier, c’est toi qui mérites de mourir, sanglota-t-elle.

— Si tu penses que je vais me laisser tuer par toi, » lui cracha-t-il au visage avec sa mauvaise haleine. Il amorça un mouvement vers elle, Magalie n’eut pas le temps de réfléchir, elle entendit un coup de feu et Pierre s’écroula.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 19, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

Magalie a commencé le ménage du bureau de sa sœur. Elle a trouvé une disquette cachée dans la bibliothèque. Après plusieurs tentatives, elle a réussi à trouver le mot de passe pour ouvrir un fichier adressé à son nom.

Chapitre 19

Le Molto allegro de Mozart était achevé depuis quelques minutes. Magalie venait de terminer la lecture de la lettre que sa sœur lui avait écrite le 15 juin et qui n’avait jamais atteint sa destination.

Penchée au-dessus de la cuvette de la salle de bain, elle vomit son déjeuner. Tremblante, elle redescendit et reprit place dans le fauteuil fleuri du bureau. Elle observa par la fenêtre la neige abondante qui commençait à tomber et le vent à rugir.

Elle relut la lettre.

Québec, 15 juin 1995.

Salut Magalie,

       Je t’ai téléphoné plusieurs fois aujourd’hui, mais je suis toujours tombée sur ton répondeur.

Magalie réfléchit. Pourquoi n’avait-elle pas eu le message de Sylvie? Le 15 juin, c’était le lendemain de sa rupture. Olivier l’avait harcelée sur son répondeur et avait probablement rempli sa boîte vocale. L’autre hypothèse était que Sylvie n’avait pas laissé de message. Magalie reprit sa lecture.

Au moment où tu consulteras cette lettre, j’espère avoir pu te joindre au téléphone. Sinon, ne t’inquiète pas, je suis chez mon amie Charlotte, à New York. Tu te souviens, j’ai étudié avec elle. Je m’attends à ce que tu me pardonnes d’annuler notre fin de semaine à la dernière minute. Je t’écris pour t’expliquer, dans les grandes lignes, ce qui me pousse à partir ainsi à New York. Tu trouveras, ci-joint, deux disquettes d’ordinateur. Tu dois garder ces deux disquettes en sécurité pour un certain temps. Quand je dis « sécurité », c’est dans le style coffret de sûreté à la banque, pas sous ton matelas!

On se parlera à mon retour des États-Unis, mais je te résume la situation. Je me suis encore fait avoir par un gars! Je suis bouleversée, désenchantée, désillusionnée… les maudits hommes ! Et en plus, j’ai peur de lui.

Je travaille sur un projet depuis deux ans pendant mes temps libres. Tout a commencé par hasard. Une découverte fabuleuse. Un de mes patients s’est aperçu que sa myopie s’était améliorée après que je lui aie prescrit une combinaison peu commune de médicaments. Il attribuait cette amélioration à sa médication. Tu me connais et, avec mon scepticisme de chercheuse scientifique, j’ai expliqué et convaincu ce patient que c’était tout simplement impossible. Mais ça m’avait mis la puce à l’oreille. Je t’épargne tous les détails techniques, surtout médicaux (que j’ai consignés sur ces disquettes) pour te révéler que j’ai ramassé depuis les deux dernières années des statistiques impressionnantes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ça balance comme tu dis dans ton jargon de comptable, ça marche.

Mon patient avait raison.

J’ai tout, ou presque, pour soutenir l’hypothèse saugrenue, à laquelle je ne croyais pas moi-même, il y a deux ans. C’est pourquoi je n’en ai parlé à personne. L’occasion aurait été idéale pour ces messieurs misogynes avec lesquels je travaille pour se moquer de moi. Ne me traite pas de vieille fille enragée et frustrée, car j’en ai croisé plus d’une chercheuse à s’être fait couper l’herbe sous le pied. Évidemment, toujours par des hommes. J’étais rendue au point, dans mes analyses, où j’avais besoin de la collaboration d’un ophtalmologiste. J’ai rencontré Pierre Lormier dans un congrès. Tu te souviens de lui, papa et maman connaissaient ses parents. Donc, je me sentais plus en confiance avec lui.

Et comment donc!

Propriétaire d’une grosse clinique, il avait tout pour satisfaire les exigences. Il a bien ri de moi lorsque je lui ai expliqué mon projet sans lui fournir ma recette magique, mais, quand il a vu mes données, les chiffres l’ont impressionné. Je jubilais de fierté, d’autant plus qu’il est une sommité dans le domaine. Bref, il m’a prise au sérieux.

Mais, tout n’a pas tourné comme j’avais prévu.

Je suis tombée amoureuse de lui et lui de moi. Mais il est marié et… très manipulateur. Je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu aboutir là après ce que j’ai vécu avec Louis. Comment ai-je pu me laisser séduire par un homme marié? J’avais eu tellement mal quand Louis m’a trompée, pour moi, cela était inconcevable que quelqu’un fasse subir cela à une autre personne. Tout ce que je peux te dire pour ma défense, c’est que Pierre a un charme irrésistible.

Magalie sentit son estomac se contracter à nouveau.

Tu comprends pourquoi je ne m’en suis pas vantée et je ne t’en ai pas parlé! Les choses ont tourné au vinaigre quand j’ai commencé à remarquer de l’agressivité de sa part. J’ai saisi que tout ce qu’il désirait, c’était ma recette magique, pour pouvoir avoir le contrôle, comme il dit.

Ces mots résonnèrent dans la tête de Magalie.

Il veut que j’arrête mes recherches, car cela pourrait mettre en péril sa situation financière. Il a de grosses dettes.

Oui, ça, j’en sais quelque chose, songea Magalie.

Il croit que, si la moindre rumeur sur mon projet sort, plus personne ne voudra se faire opérer au laser. Et il n’a pas tort! Hier soir, nous avons eu une discussion, il avait bu. Imagine-toi qu’il m’a giflée si fort que j’en suis tombée par terre. J’étais aussi scandalisée, qu’estomaquée, moi qui n’ai jamais eu de claque ni de mon père ni de ma mère. Heureusement, il est parti, mais j’ai peur qu’il ne revienne. Et c’est pourquoi je t’envoie ces deux disquettes. Prends-en soin comme la prunell

 La lettre s’interrompait ainsi sur un mot inachevé.

Stéphanie avait dû arriver à ce moment-là, pensa Magalie. Et Sylvie avait caché la disquette. Elle comprenait maintenant. Ce n’était pas le père de Stéphanie qui avait sonné une deuxième fois, c’était Pierre.

Sûrement.

Désemparée, elle songeait aux renseignements que contenait cette lettre. Sylvie, une maîtresse battue.

Une image apparut dans l’esprit de Magalie, celle de la dernière femme battue qu’elle avait vue.

Chez le dentiste.

Et qui l’avait mise si mal à l’aise.

Un déclic dans sa tête.

Comment ne l’avait-elle pas reconnue?

C’était Joanie, l’épouse de Pierre.

C’est pourquoi elle avait eu cette impression de déjà-vu lorsqu’elle l’avait observée au restaurant avec son mari.

Pierre battait sa femme.

Idiote, pourquoi ne t’es-tu pas souvenue d’elle tout de suite?

Spasme de l’estomac.

Allait-elle vomir de nouveau? Le malaise physique s’estompa, mais pas son malaise psychologique. Des larmes brûlantes se mirent à couler. Magalie se sentait perdue dans un kaléidoscope d’images incongrues.

Dehors, la tempête empirait.

Pierre avait tué Sylvie.

Magalie avait fait l’amour avec le meurtrier de sa sœur, qui avait été aussi son amant. Elle s’était ouverte à lui dans sa plus profonde intimité sans aucune peur.

Une fêlure bougea au tréfonds d’elle, celle d’une plaque tectonique.

Lentement.

Un sentiment de honte ainsi qu’une foule d’images la submergèrent.

Elle se souvint d’un moment, elle devait avoir six ans. Elle avait explosé de colère parce qu’elle ne voulait plus porter les anciens vêtements de sa sœur. Sa mère lui avait répliqué que le budget était serré, mais comment une enfant de cet âge pouvait comprendre?

Sa maman achetait toujours des vêtements flambant neufs pour Sylvie et jamais pour Magalie. Elle se rappela la déception, le chagrin qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait déballé un cadeau de fête : la poupée Barbie de Sylvie. Sylvie, qui était devenue trop grande pour jouer à la poupée, madame Douchard l’avait refilée à Magalie. Souriant à sa fille, elle lui avait dit qu’elle avait cousu les habits neufs de Barbie avec des guenilles et de vieux coupons de tissus. Sa mère était si fière. La petite s’était demandé comment sa maman avait pu lui causer tant de peine, sans s’en rendre compte.

 Magalie se revit à treize ans. Sa mère l’emmenait magasiner dans le placard de cèdre tandis que ses amies se rendaient dans les commerces avec leurs mères. « On économise du temps en plus », avait répondu madame Douchard lorsque Magalie lui avait expliqué son désir. Sa mère y allait pourtant avec Sylvie. Avec sa grande. Elle, la petite, la laissée pour compte. Née sept ans après l’aînée, elle avait l’impression que sa venue au monde n’était pas voulue. Un cadeau tombé du ciel, répétait sa mère. Un accident, selon Magalie.

À dix-sept ans, alors qu’elle débordait d’envie de rencontrer des garçons, sa mère lui avait organisé un rendez-vous sans lui en parler. Magalie avait refusé de sortir avec l’affreux jeune homme de vingt-trois ans, boutonneux et maigre comme un polichinelle. Il ne valait rien pour Sylvie, mais il ferait l’affaire pour elle. Une insulte pour Magalie.

Pourquoi pensait-elle à ces anciennes histoires ? Aux vieilles affaires de sa sœur?

Un tremblement de terre faisait rage en elle. Des larmes coulaient sur ses joues.

Elle se leva pour se moucher. Puis, elle retourna s’asseoir dans le fauteuil et essaya de se calmer. Peu importait sa désillusion, elle devait réfléchir. Ses pensées se bousculaient dans sa tête et virevoltaient à la même vitesse que les flocons de neige à l’extérieur.

Pierre s’était intéressé à l’ordinateur de Sylvie. Il avait essayé de la monter contre Gina, contre Olivier. Il l’encourageait de façon excessive à s’occuper des affaires de Sylvie.

Tout s’emboîtait.

Qu’allait-elle faire? Elle se leva pour téléphoner, elle hésitait entre appeler Gina tout de suite ou après avoir rejoint l’inspecteur Duclerc. Elle décrocha le combiné, mais le redéposa aussitôt.

Comment allait-elle réagir demain face à Pierre? Rien que d’y songer, la peur lui nouait l’estomac. Elle reprit la lettre sur le bureau et s’interrogea en la regardant. Après relecture, Magalie avait la certitude d’avoir la preuve du meurtre entre les mains.

Ses émotions tournaient comme ce maelstrom de flocons. Magalie devait montrer cette lettre à Duclerc. Elle se demanda où elle avait noté le numéro de téléphone pour le joindre quand un bruit la fit sursauter.

On frappait à la fenêtre.

Elle se retourna et son cœur se mit à battre plus rapidement lorsqu’elle vit la silhouette se diriger vers la porte d’entrée, qu’elle n’avait pas verrouillée.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 18, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

L’inspecteur Duclerc est allé reconduire Stéphanie chez elle. Magalie a demandé à Gina de venir tout de suite pour lui raconter ce que Stéphanie venait de révéler.

Chapitre 18

Le lendemain, son pain grillé et le café avalés, Magalie grimpa l’escalier pour enfiler ses jeans et un chandail ample. Habillée, elle descendit et se servit une deuxième tasse avant d’entrer dans la pièce maudite.

Magalie réussit à mettre les pieds sur la moquette moelleuse, à regarder l’immense meuble d’acajou, le foyer de marbre ou le petit fauteuil fleuri à côté de la table de travail, sans que son estomac se contracte.

En premier, elle devait se défaire de tous les livres de sa sœur. Désormais inutiles, ils encombraient les étagères du bureau. Elle alla chercher au sous-sol plusieurs boîtes de carton.

« Que faire de tous ces bouquins ? Peut-être que la bibliothèque à l’hôpital de Sylvie les prendrait ? » se demanda-t-elle. Elle pensa aussi qu’elle pourrait toujours les donner à l’université. De vraies briques, ils pesaient une tonne.

Elle avait vidé un rayon lorsque son regard se porta vers la fenêtre. Elle prit une gorgée de café. Le soleil éclatant narguait l’air glacial et faisait briller la vitre givrée. Une pensée lui vint à l’esprit : « Moi, c’est plutôt ma vie qui est “un jardin de givre” ! »

Le temps paraissait stoppé. Aucun mouvement dans la rue désertique, même pas une brise hivernale, aucun son ne troublait la nature pétrifiée par le froid. On annonçait à la météo plusieurs centimètres de neige et de forts vents. « Heureusement que Pierre revient seulement demain », songea-t-elle.

Elle se sentait comme ce froid polaire, figée telle une mer de glace sur sa douleur. Elle savait qu’il était temps de commencer à ranger les choses.

Et les questionnements reprirent dans sa tête. Pourquoi ? Pourquoi la vie de sa Sylvie avait-elle été interrompue si violemment ? Les larmes lui vinrent aux yeux. La culpabilité l’étouffait. Comment pouvait-elle se débarrasser de ses affaires ainsi ? Comment vivre, respirer, tandis que Sylvie reposait six pieds sous terre dans le fond d’un cercueil ? Sa grande sœur, qui lui avait montré à danser à la corde, qui lui avait déjà lancé un verre de jus d’orange à la figure et qui avait giflé le petit voisin parce qu’il avait ri d’elle. Sylvie, qui lui tirait les cheveux lorsque celle-ci fouillait dans sa chambre, mais sa complice pour voler des biscuits au chocolat avant le souper. Un kaléidoscope de souvenirs doux et amers défilait devant ses yeux ; doux et amers, comme la marmelade qu’elle venait de manger sur son pain quelques instants plus tôt.

Magalie regrettait d’avoir laissé sa sœur seule. Elle aurait dû rentrer à Québec pour y terminer ses études. Serait-elle morte à l’heure qu’il est ? Saurait-on un jour ce qui s’était véritablement passé ? Ces interrogations la désespéraient.

Elle savait que la vie devait continuer malgré tout. Elle prit une gorgée. « Zut ! se dit-elle, même le café est trop froid. »

« Allez, Magalie ! Secoue-toi un peu, ce n’est pas en se sentant coupable que Sylvie ressuscitera. »

Voulant chasser cette désolation et meubler le silence de mort qui imprégnait la demeure, elle alla dans le salon et chercha dans la collection de trente-trois tours de son père. Cela lui rappelait son enfance, les matins de week-end où son père leur faisait écouter de la musique à elle et Sylvie. Magalie choisit un de ses albums préférés, Les quatre saisons de Vivaldi. Elle sortit le disque de vinyle noir de sa pochette. Magalie le plaça sur le tourne-disque, elle saisit l’aiguille et la déposa sur le sillon. La musique envahit la maisonnée. Puis, elle se remit au travail, secourut par le rythme de Vivaldi.

Textbook of endocrinology, Anatomie humaine, Physiologie humaine. En vidant un autre rayon, elle reconnut des romans qu’elles avaient lus pendant l’adolescence : la série Jalna, plusieurs Agatha Christie, Robert Ludlum. Peut-être pourrait-elle en garder quelques-uns ? Cela lui remémorait des souvenirs. Soudain, Magalie eut une drôle de sensation. Elle se retourna, regarda tout autour. Elle sentait la présence de Sylvie. Ce n’était pas le fantôme de sa sœur, mais cette odeur presque imperceptible qui lui chatouillait le nez. Encore le parfum Paloma Picasso. De son vivant, on remarquait toujours son arrivée par cette senteur et des effluves demeuraient quelques instants dans la pièce que Sylvie venait de quitter.

Mal à l’aise, le cœur chaviré par cette fragrance, elle cessa de vider le rayon entamé pour en commencer un autre. En déplaçant une pile de bouquins, Magalie se rendit compte, en le saisissant, qu’un gros livre semblait léger pour sa taille. Aucun titre. Elle eut l’impression qu’il y avait un objet à l’intérieur. « Bizarre, qu’est-ce que c’est ? » se demanda-t-elle, intriguée. Elle l’ouvrit et réalisa qu’en réalité, c’était une boîte. Elle découvrit deux disquettes non identifiées à l’intérieur.

Elle démarra l’ordinateur, y inséra une des deux disquettes. Un seul fichier apparut, portant le titre : Magalie. « Bordel ! » s’écria-t-elle. Qu’avait-elle trouvé là ? Était-ce un message d’outre-tombe de sa sœur lui révélant qui était son assassin ? « Franchement, Magalie, tu as lu trop Agatha Christie », pensa-t-elle. Elle cliqua pour ouvrir le document et une boîte de dialogue apparue à l’écran. Elle devait entrer un mot de passe pour voir le contenu. Premier réflexe, elle pensa au numéro d’assurance sociale. Elle inscrivit le sien, puisque le fichier portait son nom. Évidemment, l’accès lui fut refusé.

Trop facile.

Elle réfléchit et songea à essayer le numéro d’assurance sociale de sa sœur. Elle chercha dans les filières de Sylvie, car, comptable de profession, Magalie savait qu’il était toujours indiqué sur les rapports d’impôts du contribuable. Elle constata, une fois de plus, le fouillis dans lequel Sylvie gardait sa tenue de livres. « Je me comprends dans mon chaos », lui avait-elle déclaré l’année précédente, quand Magalie, après l’avoir aidée pour ses déclarations de revenus, lui avait suggéré d’ordonner ses affaires. Magalie croyait que ce n’était qu’une excuse. En réalité, Sylvie détestait la comptabilité et attendait avec impatience que sa sœur cadette soit officiellement diplômée pour se décharger entièrement de cette corvée ennuyeuse. Magalie devait maintenant se débrouiller toute seule dans cette jungle de papier. Enfin, elle finit par trouver. Elle piocha les neuf chiffres, mais, grande déception, ce n’était pas ça. Elle essaya sa date de naissance, celle de Sylvie, celle de leur père et de leur mère, l’année de leur mariage, son propre numéro de téléphone, puis l’ancien, celui du temps où elle habitait à Montréal, son propre nom et pourquoi pas le mot « Sylvie » tout simplement ! Non, rien ne lui permettait d’accéder à ce fichier qui devait contenir des informations importantes.

« Sylvie ! Bordel de merde. À quoi as-tu pensé ? » hurla Magalie à travers la musique classique. Quelle idée de mettre un mot de passe introuvable ? fulmina-t-elle avec impatience. Elle connaissait sa sœur et celle-ci l’exaspérait par ses mystères, ses secrets et ses sempiternelles cachotteries. Là, elle la reconnaissait bien. Magalie, sentant ses poings contractés, se demanda comment elle ferait pour trouver ce mot de passe.

La musique s’arrêta, le ciel s’assombrit, les nuages se mettaient en place.

Elle se dirigea vers le tourne-disque dans le salon pour changer le vinyle. Hésitant entre Beethoven et Mozart, elle décida pour ce dernier. Après tout, pourquoi mettrait-elle le compositeur favori de sa sœur alors que celle-ci la faisait enrager ?

Quelle drôle de sensation ! Elle trouvait curieux d’être en furie contre une personne qui n’existait plus. Pourtant, la tension de sa mâchoire était bien réelle. Sa sœur avait toujours su comment la faire sortir de ses gonds.

Puis, un éclair se produisit dans son esprit.

Pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle se rappelait le jeu idiot qui la mettait en rogne et qui l’enrageait autant aujourd’hui. Son aînée lui barrait le passage lorsqu’elle voulait aller dans sa chambre, à la salle de bain ou au sous-sol, et lui lançait : « Si tu veux passer, tu dois me donner le mot de passe. »  Elle lui disait un mot qui, évidemment, n’était jamais le bon. « Non, c’était celui d’hier. Devine celui d’aujourd’hui, rétorquait sa sœur.

— Laisse-moi passer, » s’offusquait Magalie en essayant de la bousculer. Ce qu’elle ne réussissait jamais, étant donné la différence d’âge entre les deux sœurs. Puis, leur mère, exaspérée par les cris, finissait par libérer la plus jeune du joug de l’aînée. Ce jeu stupide de la frontière l’avait frustrée toute son enfance. Car lorsque Magalie lui jouait le même tour, Sylvie lui tapait inévitablement dessus et franchissait l’obstacle sans aucune difficulté. Magalie pleurait de frustration de ne pas être la plus forte ni la plus grande. Aussi ridicule soit-il, ce jeu avait laissé une empreinte sur l’enfance de Magalie. Elle se sentait mal aimée comme si elle était obligée de payer son dû pour vivre dans cette famille. Un jour, Magalie essaya une autre stratégie. Prise dans l’éternel piège de la frontière, elle prononça un mot incompréhensible qu’elle venait d’inventer. À sa plus grande surprise, Sylvie l’avait laissée passer en décrétant que c’était leur langage secret. Dialecte impénétrable qui s’était limité à un seul mot : « yesomontérios ». Magalie réalisa qu’elle était la seule personne au monde à connaître ce mot qui voulait dire « oui ».


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 17, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

L’inspecteur Duclerc s’est invité chez Magalie un samedi après-midi. En prenant le thé, il l’interroge en profondeur lorsque Stéphanie arrive. Les deux adultes découvrent que la petite a des choses à révéler sur la journée du meurtre.

 

Chapitre 17

Duclerc décida d’aller reconduire Stéphanie chez elle et d’organiser une rencontre avec Denis Danserot dans la soirée.

Magalie, de son côté, s’écrasa sur un fauteuil du salon et poussa un grand soupir. Puis, elle ramassa les tasses, l’assiette de biscuits et se dirigea vers la cuisine. Voulant téléphoner à Pierre, elle alla dans le bureau pour utiliser l’appareil de cette pièce, dans l’espoir de s’habituer. Elle laissa sonner longtemps, mais il ne répondit pas. Certaine qu’il aurait attendu son appel, elle fut déçue. « Il doit être très occupé à son congrès, » se dit-elle. Elle raccrocha puis composa le numéro de Gina.

— Gina, je crois que je vais exploser. Je dois absolument te raconter ce qui vient de se passer. Est-ce que tu peux venir tout de suite ?

— Je sors avec Martin, ce soir, annonça Gina.

— Moi aussi, j’ai quelque chose, mais tu iras rejoindre Martin après.

— D’accord, j’arrive, mais je me maquille chez toi.

Quelques instants plus tard, Gina taquina Magalie pendant qu’elle enlevait son manteau.

« On se bourre de chips !

— J’ai besoin de compensation psychologique, ma fille, répliqua Magalie en tendant, à Gina, un verre de bière. On monte dans la salle de bain, ça va mieux pour se pomponner avec l’éclairage. Ouais ! quel chic, ajouta-t-elle en observant la mini robe noire ajustée que portait Gina.

 — Faut pas que je mange ces trucs-là, enchaîna Gina, en pigeant dans le plat de croustilles, je soupe avec Martin.

— Et il ne faudrait pas te gonfler le ventre avec ta robe sexy.

— Bon, qu’est-ce qui se passe ? Raconte-moi ça.

— Trouves-tu que ça sent le parfum de Sylvie ? en arrivant sur le palier.

— Je ne sais même pas quel était son parfum.

— Paloma Picasso. Là, on dirait qu’il y a une petite bouffée.

— Non, je ne sens rien. »

Magalie résuma les événements de l’après-midi en se dirigeant vers la salle de bain. Son amie, un bâton de mascara d’une main et une chips de l’autre, écoutait ses péripéties.

« Le père de Stéphanie ? Mon ancien prof ? Celui que tu voulais que je séduise ?

— Oui et bien là, il est trop tard. De toute façon, il te tapait tellement sur les nerfs l’autre fois au restaurant.

— Tu me dis que Duclerc veut l’interroger ce soir.

— Oui, il a dit le plus tôt possible. Mais il a insisté pour que Stéphanie ne soit pas présente.

— J’imagine. » Gina se dépêcha à appliquer la couche de mascara sur son deuxième œil et surprit Magalie en disant : « Écoute. Je dois me sauver. Je suis très en retard.

— Tu m’as dit que ton rendez-vous était dans une heure.

— Ouais, bien, il faut que j’arrête chez ma mère.

— O.K. En tout cas, c’est une histoire de fou et j’aurais voulu parler à Pierre, il est à Boston.

— Appelle-le.

— Je l’ai fait, il ne répond pas.

— Ah ! les gars, se plaignit Gina, ils ne sont jamais là quand on a besoin d’eux.

— Je vais le rejoindre plus tard. Ah ! si tu savais, il n’est pas comme Olivier, lui !

— J’espère que tu n’es pas en train de t’amouracher d’un homme marié.

— Hé ! C’est toi qui m’encourageais, l’autre fois, quand on l’a rencontré ensemble.

— Je t’ai conseillé d’en profiter, pas de tomber amoureuse ! Je ne veux pas qu’il te fasse souffrir. Garde tes distances, ma belle.

— C’est drôle, il m’a recommandé la même chose avec toi !

— Pourquoi ? protesta Gina, en mettant son manteau.

— Parce que tu as couché avec mon ancien chum.

— Hum ! je sens quelques petites flammèches à l’horizon entre moi et monsieur le docteur ! J’espère que tu ne le marieras pas.

— Ne t’inquiète pas, on est loin de là ! Il n’est pas encore séparé. Amuse-toi bien avec Martin. »

Elle décolla en coup de vent. Magalie, à son tour, se prépara pour sa soirée chez son patron en essayant de rejoindre Pierre plusieurs fois, sans succès. Elle avait envisagé de faire la tournée de ses boutiques préférées cet après-midi-là, pour porter quelque chose de nouveau à cet événement. Mais avec tout ce qui s’était passé, elle n’avait pas eu le temps. De toute façon, sa penderie regorgeait de vêtements qui pouvaient convenir pour cette occasion. Elle opta pour une robe bleu nuit qui mettait en valeur la couleur de ses yeux. Elle espérait que la soirée ne finirait pas trop tard. Elle avait de bonnes intentions pour le lendemain matin.

« Il est temps de faire le ménage du bureau de ma sœur », pensa-t-elle.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 16, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

La relation de Magalie et Pierre s’est développée. La jeune femme s’est confiée à lui au sujet de Gina et Olivier. Pierre lui a annoncé qu’il allait à Boston pour un congrès le week-end suivant.

Chapitre 16

 Le lendemain, Magalie travailla jusqu’en début d’après-midi. De retour à la maison, elle s’apprêtait à profiter de son samedi après-midi pour à aller magasiner lorsque l’inspecteur Duclerc arriva chez elle sans s’être annoncé. Poliment, elle l’invita au salon. Elle observa que, pour une fois, ses cheveux étaient propres, mais une mèche folle retombait sans cesse sur ses yeux. Sa chemise n’était pas froissée. « C’est à croire qu’il s’est mis sur son trente-six pour venir me voir », pensa-t-elle. Elle éprouvait de l’ambivalence envers cet homme. Des cicatrices d’acné marquaient la peau de son visage et un commencement de calvitie haussait son front. Elle sentait, malgré les cernes qui soulignaient ses yeux, l’éclat intelligent de ceux-ci. Contrainte par la politesse à lui offrir un café, ou une tasse de thé, elle joua son rôle d’hôtesse comme il se doit. 

Attrapant un biscuit au chocolat, Duclerc lui demanda : « Magalie, avez-vous effectivement commencé le ménage des choses de votre sœur ?

— Oui, j’ai jeté une bouteille de parfum. Et son maquillage, ajouta-t-elle.

—  Pourquoi le parfum et pas le reste, effectivement ?

— J’ai parfois l’impression que les murs sont imprégnés de son odeur. À un moment donné, pouf, une bouffée m’envahit. Je déteste ça, je viens mal à l’aise. J’ai la sensation que son fantôme me hante. Et puis, je le sais que je dois me débarrasser de ses affaires. Mais c’est psychologique, on dirait que je suis incapable, pourtant, je veux vendre la maison, commencer une nouvelle vie. L’automne dernier, je me suis étourdie, je me gardais occupée pour ne pas avoir le temps ; j’évitais ! J’en ai pris conscience, maintenant.

— Je comprends, oui. Effectivement, vous n’avez pas envie de faire le tri des papiers, mais, pour l’enquête, pouvez-vous reconfirmer qu’elle n’avait pas d’assurance vie ?

— Non, elle n’en avait pas.

— Comment pouvez-vous en être certaine si vous n’avez pas effectivement vérifié ?

— En fait, étant donné que je suis comptable, ça, je l’ai vérifié et c’était bien ce que je pensais. À part son assurance-responsabilité professionnelle, elle n’a aucune assurance.

— C’est un peu surprenant.

— Non, je vais vous expliquer la situation. Mon père était courtier d’assurance. Mes parents sont décédés dans un accident d’auto il y a environ trois ans. Ils partaient en vacances pour un mois en Floride et ils ne sont pas allés plus loin que Saint-Nicolas. On nous a dit qu’ils sont morts tous les deux instantanément. Lors de la succession, ma sœur et moi, nous nous sommes rendu compte que mon père avait une panoplie de polices d’assurance. À notre plus grande surprise ! Heureusement que ma mère est morte en même temps que lui, sinon, je crois qu’elle aurait eu envie de le tuer pour avoir dépensé tant d’argent pour des assurances. Elle ne travaillait pas et passait son temps à chercher les aubaines, à économiser et à ne pas gaspiller parce que mon père lui disait tout le temps que le budget était serré. Après leur décès, on a consulté un avocat, en fait, le père de mon amie Gina. On voulait savoir si c’était légal d’avoir autant d’assurance. Sylvie et moi, nous étions éberluées, car on est devenues millionnaires. Il y a eu une enquête des compagnies d’assurance, mais mon père avait bien fait son travail. Maître Falardeau nous a dit qu’on avait droit à tout cet argent. Donc, Sylvie était tellement choquée pour l’insécurité financière que ma mère avait endurée toute sa vie qu’elle s’est jurée de ne jamais contracter d’assurance sur sa vie.

— Je comprends, effectivement. Le budget ne devait pas être si serré, puisqu’ils allaient en Floride.

— Mon père disait à ma mère que c’était grâce à elle, puisqu’elle avait tant économisé.

— Donc, effectivement, il n’y a aucun bénéficiaire d’une assurance vie pour Sylvie. Ça nous enlève un mobile pour le crime. Je vous encourage d’autant plus à faire le tri de ses dossiers. Vous pourriez peut-être découvrir quelque chose. On a fouillé et l’on a interrogé tout le monde, on n’a rien trouvé. Et au point où l’on est rendu, l’enquête, ça n’avance pas fort !

“Effectivement”, songea-t-elle, moqueuse, sans oser le taquiner vraiment.

— Est-il possible qu’on ne retrouve jamais le meurtrier ?

— Oui, ça se peut, Magalie.

— Je vais m’efforcer de faire le ménage de ses affaires et essayer de trouver d’autres indices.

— Moi aussi, Magalie, je vais faire tout ce que je peux. »

Après avoir passé son message, Magalie pensait qu’il s’en irait, mais non. Elle apprit qu’il était séparé depuis trois ans, qu’il était père d’une fillette de quatre ans, Laurence. Après une heure, ayant épuisé plusieurs sujets de discussion, elle sentait qu’il étirait la conversation. Elle ne savait plus quoi dire et se demandait pourquoi il restait. Magalie, gênée de le mettre à la porte, entendit soudain la sonnette de l’entrée.

« Stéphanie, merveilleuse Stéphanie, jamais je n’aurais pensé qu’elle me dépannerait à ce point ! » songea-t-elle lorsqu’elle la vit sur le pas de la porte.

« Bonjour, entre Stéphanie. Donne-moi ton manteau, viens t’asseoir.

— Oh ! Tu as de la visite. Est-ce que je te dérange ?

— Non, non, » lança Magalie, la prenant par le bras alors qu’elle avait à peine terminé d’enlever ses bottes.

« Assieds-toi. Comment ça va, Stéphanie ? Je te présente l’inspecteur Duclerc. Il est policier.

— Bonjour, murmura la petite.

— Aimerais-tu manger un biscuit ? »

Étant donné que Stéphanie n’avait jamais vu Magalie aussi contente de sa venue, elle accepta l’offre malgré sa timidité. Quelques instants plus tard, Magalie revint de la cuisine avec un verre de lait et une assiette de gâteaux secs. Puis, elle interrogea la fillette. Celle-ci s’élança dans un monologue long et ennuyeux pour Duclerc, au sujet des derniers potins des élèves de sa classe.

   « Et puis comment va ta gym ? s’informa Magalie lorsqu’elle s’aperçut que Stéphanie achevait de bavarder.

— Ça va bien, répondit-elle, en se levant. Je peux faire le grand écart maintenant. Et la roue aussi. Regarde, » déclara-t-elle, avec enthousiasme. 

C’est là qu’intervint Duclerc : « Non pas dans le salon ! Avec tous ces bibelots.

— Il a raison, » renchérit Magalie pendant qu’il emmenait Stéphanie hors de la pièce. 

L’inspecteur, plus rapide que Magalie, traversa le hall, puis ouvrit la porte du bureau de Sylvie. « On a plus d’espace ici, et il y a moins de risque que tu casses quelque chose, » affirma-t-il à Stéphanie. 

« Zut ! » songea Magalie. Ils se liguent tous contre moi pour me faire entrer dans ce maudit bureau. Pendant ces réflexions, un son étouffé était sorti de la bouche de l’enfant que Magalie, perdue dans ses pensées, ne perçut pas.

« Qu’est-ce que tu as dit ? » demanda Duclerc.

Stéphanie se dirigeait de nouveau vers le salon.

« Rien, rien. On va déplacer la table à café, » bégaya-t-elle, rouge de confusion.

Sur le coup, Magalie fut un peu surprise de cette réaction. Duclerc, lui, insistait : « Qu’est-ce que tu as dit ? »

Stéphanie, de plus en plus écarlate, restait muette.

 « As-tu entendu, Magalie ?

— Non.

— Elle a dit : “Est là.”

— …

— Qui est là ? Dis-moi la vérité, » ordonna-t-il en s’approchant d’elle et en la regardant dans les yeux.

« Qui as-tu vu ? Pourquoi ne veux-tu pas entrer dans le bureau, Stéphanie ? » redemanda-t-il en se penchant pour se mettre à la hauteur de son visage.

À la grande stupéfaction de Magalie, Stéphanie éclata en sanglots. Elle la prit dans ses bras pendant que l’enfant criait.

« Je ne peux pas le dire.

— Qu’est-ce que tu ne veux pas nous dire ? demanda Magalie.

— Ce n’est pas de ma faute, je la vois encore.

— Tu as vu Sylvie ? questionna à son tour l’inspecteur Duclerc. La petite hocha la tête.

— Tu étais là quand elle est morte ? insista-t-il. Elle acquiesça.

— Raconte-moi ça, murmura Duclerc.

Et, ne pouvant choisir une circonstance plus dérangeante, le téléphone se mit à sonner. Magalie alla répondre dans la cuisine en lançant, “je vais revenir”.

“C’est moi, annonça Pierre,” lorsque Magalie prit l’appareil.

— Comment vas-tu ? lui demanda-t-il de Boston.

— Ouf, je ne sais pas trop. Honnêtement, tu appelles à un très mauvais moment.

— Comment ça ? M’as-tu déjà trouvé un remplaçant ?

— Duclerc et Stéphanie sont ici. La petite, qui m’a accompagnée quand j’ai passé l’examen de la vue, te souviens-tu ? On vient d’apprendre qu’elle a peut-être été témoin du meurtre, le 15 juin. Je ne peux pas te parler longtemps.

— Es-tu sérieuse ?

— Je te le jure.

— Où était-elle ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

— Je ne sais à peu près rien, elle pleure encore. On essaye de lui sortir les vers du nez, on vient de s’en rendre compte et le téléphone a sonné. Tu comprends, elle gardait ça à l’intérieur d’elle depuis des mois. L’abcès vient de crever. On va l’interroger. Quelle histoire ! Pierre, as-tu conscience que c’est peut-être grâce à elle qu’on va pouvoir arrêter le meurtrier ?

— Pourquoi n’a-t-elle pas parlé avant ?

— Je n’en ai aucune idée. Je te le dirai plus tard, quand j’en saurai plus. Donne-moi ton numéro de chambre et le numéro de téléphone de l’hôtel, vite, je ne veux rien manquer. Elle est en train de parler au policier. » Magalie prit les coordonnées en note. « Écoute, ajouta Pierre, lundi matin, j’aimerais que tu attendes mon appel avant de venir me chercher à l’aéroport.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ? Euh, il pourrait y avoir un changement dans l’heure du vol. Alors, je vais te contacter.

— D’accord, je te téléphone tout à l’heure. »

Magalie courut dans le salon où Duclerc offrait des papiers mouchoirs à Stéphanie.

« Elle ne veut pas parler, annonça-t-il à Magalie.

— Voyons, Stéphanie, tu ne peux pas garder ça pour toi. Regarde, tu es si malheureuse. » Les larmes redoublèrent.

« Pourquoi ne veux-tu pas le dire, insista Magalie

— Vous allez le mettre en prison, répondit-elle entre deux jérémiades.

— Qui ?

— Mon père. Je serai orpheline. Personne ne s’occupera de moi. »

Secouée de sanglots, Stéphanie se laissa enlacer par Magalie.

« Moi, je prendrai soin de toi, je ne t’abandonnerai pas. Tu dois nous dire ce qui s’est passé. Stéphanie, fais-moi confiance. »

Magalie la fit asseoir sur le canapé, les pleurs de Stéphanie ralentirent, puis elle commença à parler.

« Je m’étais chicanée avec mon père. Il m’avait punie, je ne pouvais pas sortir de ma chambre. Je me suis enfuie par la fenêtre et je suis venue voir Sylvie. Je ne lui ai pas dit que j’étais en punition. Il faisait chaud, ce soir-là, et elle m’a invitée à me baigner. Alors on est monté dans la salle de bain. J’avais oublié mon maillot la dernière fois que j’étais venue nager. J’étais en train de me changer, dans la salle de bain, quand on a sonné. Sylvie est descendue, puis elle est remontée. Elle m’a chicanée, mais avec un grand sourire, elle était si gentille. Je l’aimais, Sylvie. »

Le visage de Stéphanie se contracta et ses yeux affolés se remplirent de larmes à nouveau. Magalie dut cligner beaucoup pour contenir ses larmes, elle aussi.

« Alors, elle m’a traitée de ¨petite bon yenne¨ parce que je ne lui avais pas avoué que j’étais punie. Mon père venait de lui parler. Il me cherchait partout. Elle ne m’a pas trahie, elle a menti pour moi. Ça l’a un peu fâchée et elle m’a dit de me rhabiller tout de suite et de retourner vite chez moi. Je devais obéir à mon père. Puis, il a sonné encore. Je me suis cachée dans la salle de bain, j’avais peur de me faire chicaner encore plus. J’ai attendu, longtemps, mais Sylvie ne remontait pas. J’ai attendu encore, puis je me suis décidée à descendre lorsque j’étais certaine qu’il était parti. C’était tellement silencieux que j’ai pensé que Sylvie était partie. Mais je l’ai trouvée dans le bureau. Elle était couchée par terre, elle avait l’air morte. J’ai eu peur et j’ai couru jusque chez nous.

 — Attends un peu, enchaîna l’inspecteur, tu dis qu’il a sonné deux fois ?

— Oui.

— L’as-tu vu ?

— Non, pas une seule fois. C’est Sylvie qui m’a dit que c’était mon père.

— Qu’est-ce qui te dit que c’était lui la deuxième fois ?

— C’est Sylvie. Elle a dit : ça doit être encore lui et elle est redescendue en courant en claquant la porte. J’ai entendu discuter en bas, mais je n’entendais pas bien, car je m’étais cachée dans la baignoire, derrière le rideau de douche et la porte était fermée. J’ai attendu longtemps. Longtemps. J’attendais que Sylvie remonte, mais elle n’est jamais remontée.

— Alors, tu penses que c’est ton père qui l’a tuée ? insinua l’inspecteur.

— Ouah ! pleurnicha-t-elle. Vous allez le mettre en prison. Ouah !

— Ne pleure pas Stéphanie, on est loin de là, rassura Magalie.

— Est-ce que tu te souviens de l’heure quand tu es revenue chez toi ?

— Il était huit heures et demie.

— Comment peux-tu en être certaine ? demanda Duclerc.

— Mon père m’a dit qu’il était très inquiet, qu’il m’avait cherchée partout. Il m’a serrée dans ses bras, m’a dit de ne plus jamais recommencer. Et d’aller me coucher tout de suite, même s’il était seulement huit heures et demie, parce que j’étais punie. Me coucher à huit heures et demie, c’était une vraie punition. Il faisait encore clair, je m’en souviens.

— Est-ce que tu lui en as parlé ? demanda Duclerc.

— Bien non !

— Il a dû te demander où tu étais.

— Oui. Je lui ai dit que j’étais allée chez une amie, puis au terrain de jeux.

— Est-ce qu’il t’a dit qu’il était allé chez Sylvie ?

— Il a dit qu’il m’avait cherchée partout, mais il ne m’a pas dit où.

— En as-tu parlé à quelqu’un d’autre ?

— Non.

— Sûre ? Est-ce que tu nous dis toute la vérité ? »

Les larmes de Stéphanie se remirent à couler abondamment.

« Bien. Pour de vrai, ce n’est pas Sylvie qui m’a invitée à me baigner. C’est moi qui me suis invitée. C’est impoli, avoua-t-elle en regardant Magalie. Le reste, c’est tout vrai.

— Ce n’est pas grave, mon chou. »


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 15, La dernière lettre de ma sœur

Dans le chapitre précédent:

Lors d’un souper au restaurant, Magalie a confronté Gina au sujet d’Olivier. Elle s’est ouverte sur sa relation avec Pierre Lormier. Le lendemain, Magalie et Pierre se sont rencontrés en joggant et ont brisé la glace…

CHAPITRE 15

 « L’opéra, c’est comme le cholestérol, ce n’est pas de mon âge ! » déclara Magalie, les yeux rieurs. Après avoir fini sa tournée à l’hôpital, le lendemain, Pierre était venu la rejoindre chez elle. À la suite de leurs ébats amoureux, elle avait mis un disque de musique classique et il avait protesté qu’il préférait l’opéra.

« Ah ! Ah ! C’est quoi, cette idée de cholestérol et d’opéra ? Je ne dois pas être si vieux que ça, lui répondit-il. Et l’on peut aimer ce genre musical à tout âge.

— Ah ! Est-ce que tu en écoutais lorsque tu étais adolescent ?

— Non, évidemment, j’étais un admirateur de The Who, The Moody Blues. Je ne comprends pas que l’opéra fait vieux jeu, mais pas la musique classique.

— C’est mon père qui nous a fait aimer le classique. Il s’amusait avec Sylvie et moi. Il mettait un morceau et l’on devait deviner le titre et le compositeur.

— Je me souviens que mes parents disaient ça, que ton père était amateur de musique classique. »

Après, Pierre avait allumé l’ordinateur de Sylvie et s’amusait à se promener d’un fichier à l’autre. Magalie, vêtue d’une robe de chambre, un café à la main, s’arrêta dans le cadre de porte du petit bureau. « Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle.

 — Je fouille.

— Ah ! As-tu trouvé quelque chose d’intéressant ?

— Non. Ça sent bon ce liquide, lança-t-il.

— C’est drôle, j’ai l’impression que ça sent le parfum de Sylvie dans ce bureau. Ça fait quelquefois que ça m’arrive. J’ai la sensation qu’elle est là.

— Ne pense pas à ça. Ne te rappelle pas sans cesse de mauvais souvenirs. Va me chercher une tasse de café à la place.

— Ce ne sont pas de mauvais souvenirs. C’est ma sœur quand même, on a eu du bon temps ensemble. Et en parlant de bon temps, tu as dû en avoir l’autre soir, mentionna Magalie en se dirigeant vers la cuisine.

— Pourquoi dis-tu ça ? lui cria-t-il du bureau de Sylvie.

— Je t’ai entrevu avec ta femme au restaurant en fin de semaine, dit Magalie, en revenant avec une tasse de café pour lui. J’ai mis un lait, un sucre. Joanie, c’est bien la blonde qui avait la robe noire ?

— On ne peut rien te cacher. Quand nous as-tu vus ?

— Au début de la soirée, Gina et moi nous avons soupé tôt avant d’aller au cinéma voir Le père de la mariée 2. Une vraie soirée de fille. Avant de partir, je suis allée aux toilettes et, en m’y rendant, je vous ai aperçus dans le salon privé lorsque vous preniez l’apéritif. Tu lui as chuchoté quelque chose à l’oreille. Je ne sais pas quoi, mais des éclairs sortaient de ses yeux, puis te regardant avec défi, elle a bu une grande gorgée.

— C’est le genre de soirée que je déteste, un souper de médecins, où l’on doit être accompagné. Joanie a pris un coup comme d’habitude. Elle est alcoolique.

— La prochaine fois, tu n’auras qu’à m’amener.

— Ah ! Ah ! Tu n’es pas drôle. Vivre avec une personne comme ça, c’est l’enfer.

— J’en sais quelque chose ! J’ai cassé avec mon ancien copain à cause de la boisson et de la drogue. En parlant de lui, sais-tu ce que j’ai appris ? Il faut que je te raconte ça. Jean-François m’a appelée l’autre après-midi.

— Qui est Jean-François ?

— Le copain d’Olivier. Tu sais, c’est lui qui m’a dit qu’ils allaient faire du parapente au téléphone. C’est comme ça que j’ai su qu’Oliver m’avait menti. Imagine-toi qu’ils ont dormi chez Gina, le soir du meurtre. »

Puis elle lui raconta la conversation téléphonique qu’elle avait eue avec Jean-François.

   « Jean-François a la langue bien pendue ! Alors, comme ça, Olivier et Gina ont couché ensemble ? Ton ancien chum et ta meilleure amie. Hum ! Tu es bien entourée ! Et puis c’est avec elle que tu es allée au resto et au cinéma ?

— Oui, mais c’est le genre de Gina ; avoir une relation d’un soir avec un gars et ne plus le revoir après.

— Tu n’es pas plus choquée que ça ?

— Plus maintenant, j’ai eu le temps de me calmer les nerfs avant de lui en parler. Et elle savait qu’on n’était plus ensemble.

— Vraiment, Magalie, je ne comprends pas que tu fasses confiance à cette fille.

— C’est le style de Gina. Ses parents sont divorcés. Ça l’a traumatisée et elle ne veut pas s’engager. Au fond, qu’elle ait baisé avec Olivier n’a pas d’importance. Mais je pense que c’est peut-être mieux l’apprendre six mois plus tard. Et ça me confirme que j’ai bien fait de casser avec lui. Imagine-toi que la journée même, le 15 juin, il me laissait des messages sur mon répondeur : “rappelle-moi, Magalie, rappelle-moi”, et le soir, il couchait avec ma meilleure amie. Maintenant, je me demande comment j’ai pu rester avec lui si longtemps.

— Est-ce que Jean-François est certain que c’est Olivier qui a pris la carte de guichet ? Est-ce qu’il l’a effectivement observé entre ses mains ? Qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas Gina qui l’a volée et qui a tué Sylvie avant qu’Olivier et Jean-François passent ? Je ne lui fais pas confiance.

— Voyons, donc ! Et pour quelles raisons aurait-elle fait ça ?

— Ne sois pas trop naïve, Magalie, tu ne connais pas l’intimité des gens. Fais attention à cette fille-là.

— J’en ai discuté avec le policier. Il a vérifié son alibi. Ça ne peut pas être elle et en plus, je crois qu’elle ne serait pas assez forte physiquement pour avoir fait ça, affirma Magalie, irritée.

— Et Olivier ?

— Ce n’est pas Olivier non plus, Pierre ! répliqua-t-elle, susceptible.

— En es-tu certaine ? Je suis inquiet pour toi, confessa-t-il en prenant tendrement son menton. Je suis content que tu aies un système d’alarme. J’espère que tu n’oublies pas de l’activer ?

— Non, non.

— Quand l’as-tu fait installer ? Est-ce qu’il est fiable ?

— La semaine dernière. J’ai pris le meilleur.

— Pourquoi ne l’as-tu pas fait avant ?

— Je ne pensais pas que je pouvais être en danger. Puis, un soir, j’étais certaine que quelqu’un était entré dans la maison.

— Comment t’en es-tu aperçue ?

— Eh bien, tu vas trouver ça fou. J’ai même failli faire venir la police, mais la peur d’avoir l’air idiote a été plus grande. En rentrant, je suis allée à la toilette et le siège était soulevé.

— Le siège était soulevé ?

— Bien, voyons. Tu dis la même chose que Gina. Lorsqu’une femme vit seule, il n’y a pas un mâle pour lever le siège. Tu n’as jamais pensé à ça, que les filles ne relèvent jamais la lunette, comme disent les Français ? J’ai conclu qu’un homme a utilisé ma toilette quand je n’étais pas là. Ça m’a pris du temps à le réaliser, je m’en suis rendu compte le lendemain.

— As-tu une idée de qui ça peut-être ?

— Non, évidemment, aucun signe d’effraction. Et puis, seule ma femme de ménage a la clé. Mais va donc savoir à qui Sylvie a pu en fournir une avant de mourir.

— Maintenant, tu es en sécurité et j’en suis bien content, d’autant plus que je pars en fin de semaine prochaine. Je dois donner une conférence à Boston. Alors je veux que tu sois prudente. Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ?

— Non, je ne peux pas, car je dois travailler le samedi matin et le soir, mon patron m’a invitée. Il accueille un gros client et il tient à ce que je sois là. À part ça, c’est de ta faute ! Car il a réalisé comment j’étais essentielle après le mauvais coup que tu lui as fait quand tu as refusé de le recevoir parce que je n’étais pas là, mentionna Magalie en le taquinant.

 — Ouais, tu as raison, mademoiselle la précieuse, répondit-il en l’embrassant.

— Est-ce qu’on va pouvoir se voir cette semaine ?

— Je n’ai pas fini de préparer ma conférence, mais je vais essayer de venir. Je prends l’avion vendredi soir.

— Je peux aller te reconduire. »

L’amour à dix-neuf heures devint une habitude pour eux.

À la date du départ, elle alla le rejoindre à son bureau où il laissa sa voiture. De là, ils se rendirent ensemble à l’aéroport avec la voiture de Magalie.

  « J’aurais dû envoyer promener mon patron et aller à Boston avec toi. Tu vas me manquer.

— Moi aussi, » lui répondit-il sans l’embrasser de peur d’être vu par un collègue. Il lui fit un clin d’œil et s’éloigna vers la porte d’embarquement.


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard

Chapitre 14, La dernière lettre de ma soeur

Dans le chapitre précédent:

Magalie a eu une grande conversation téléphonique avec Jean-François. Il lui a appris ce qu’Olivier et lui avaient fait le soir du meurtre de sa sœur. Et il lui a révélé qu’Olivier avait couché avec Gina cette nuit-là.

Chapitre 14

Gina et Magalie se rejoignirent, comme prévu, dans un restaurant sur la rue Cartier avant de se rendre au cinéma. Gina, toujours en retard, avait un solide prétexte : les bancs de neige lui avaient donné de la difficulté à stationner. « Est-ce que tu as commandé un verre de vin ? questionna Gina.

— Non, je me demandais si j’allais passer la soirée avec toi. Je pensais que tu étais mon amie, mais maintenant, j’hésite entre traîtresse, connasse ou crapule, attaqua Magalie.

— Bon ! Qu’est-ce qui se passe encore ? »

 Magalie, voyant le garçon approcher, attendit d’avoir commandé le vin avant de répondre. « Je sais que tu as couché avec Olivier. Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?

— Comment l’as-tu appris ?

— Peu importe. Mais tu as de la chance, j’ai eu le temps de me calmer avant d’en discuter.

— Tu appelles ça être calmée ! objecta Gina. Je ne t’ai rien dit, continua-t-elle, car ça n’aurait servi à rien. Je savais que vous n’étiez plus ensemble.

— Laisse-moi juger la prochaine fois que tu auras un truc dans le genre à me cacher.

— C’est Jean-François, la grande langue. Je suis certaine, tu lui as parlé ? C’est ça ?

— Ben, je ne suis pas censée le rapporter. Ce n’est pas de sa faute. » Magalie lui relata la conversation. « En tout cas, Gina, je suis sonnée. Même Pierre se questionne, comment je peux avoir encore confiance en toi ?

— Tu lui en as parlé ?

— Non, pas de ça, je viens juste de l’apprendre. C’est l’autre fois, lorsque je suis allée au restaurant avec lui, je lui ai raconté l’histoire de la carte.

— Tu es allé au resto avec lui ! Tu ne m’as pas raconté ça !

— Ouais, c’est ce que j’étais censé faire ce soir, te raconter mes histoires d’amour, mais, au lieu de ça, j’apprends que tu m’as poignardée dans le dos.

— Là, tu exagères. Je savais que tu avais cassé avec Olivier. Et tu sais très bien que mes petites aventures ne sont jamais sérieuses. La preuve, il a disparu du décor depuis des mois.

— La prochaine fois, raconte-moi tout ! On s’est toujours tout dit, Gina. Sinon, je n’aurai plus confiance en toi.

— D’accord. Bon, maintenant, on va commander, dit Gina en faisant signe au serveur. Si l’on veut avoir le temps de manger et arriver à temps au cinéma. Est-ce que tu veux toujours aller au cinéma avec moi ?

— Ben oui, on va aller au cinéma. » Elles commandèrent leur plat.

Et Magalie continua : « En tout cas, ça me confirme que j’ai bien fait de le laisser. Je peux pas croire que je suis sorti avec un gars comme lui. D’autant plus que je vois la différence avec Pierre.

— Raconte-moi ça.

— Gina, il est tellement fin, il m’a appelée tous les jours cette semaine. Je te dis que ça fait une différence avec Olivier. Il est si mature, responsable, d’une bonne écoute. Et si beau, susurra-t-elle en clignant des yeux.

— Et qu’est-ce qu’il a dit sur moi ?

— Que je devrais me méfier !

— Je commence à moins l’aimer, ton Apollon, continua Gina. Je trouve que tu placotes pas mal. Arrête de raconter à tout le monde les détails de l’enquête. Puis là, tu me surprends.

— Pourquoi ? rétorqua Magalie.

— Que mon amie, qui est plus honnête que le pape, sorte avec un gars marié.

— Il m’a dit qu’il se séparerait bientôt. Ça ne marche plus avec sa femme. Gina, si tu savais. Il est tellement… attentionné. Puis, c’est pas comme si j’avais brisé un couple. Oups ! En parlant de couple brisé, regarde qui vient vers nous. »

Gina aperçut Denis Danserot s’approcher pour les saluer.

« Bonjour, Magalie, comment vas-tu ?

— Très bien. C’est drôle, je viens de laisser Stéphanie chez vous il y a quelques instants.

— Oui, elle m’a dit qu’elle était allée te dire un petit bonjour. Elle t’aime beaucoup, tu sais.

— Moi aussi, elle est adorable, elle m’a même aidé à pelleter. Êtes-vous toujours satisfait de la voiture ?

— Tout à fait. » Magalie se tourna vers Gina et lui dit : « Maître Danserot vient d’acheter la voiture de Sylvie. Voici, mon amie, Gina Falardeau, la présenta-t-elle en se retournant vers lui.

— Oui, je connais maître Falardeau. Elle a été mon étudiante.

— Je m’en souviens très bien, c’est le seul cours que j’ai failli couler, s’exclama-t-elle en le regardant droit dans les yeux. » Celui-ci, un peu désarçonné, répliqua : « Je fais souvent ça avec mes meilleurs étudiants. » Elle rougit, mais ne put s’empêcher de répliquer : « C’est une mauvaise habitude.

— Combien de fois avez-vous échoué à votre examen du barreau avant de réussir ? demanda-t-il, sévère.

— Sachez que j’ai réussi du premier coup, répliqua-t-elle, rouge de colère. » Il lui fit un clin d’œil en disant : « Vous voyez, vous faisiez partie de la crème et je le savais. Vous aviez besoin d’un peu de motivation. Au revoir, et bonne soirée à toutes les deux. » Et il s’éloigna en souriant.

« C’est quoi cet air de bœuf avec cet homme charmant ? s’exclama Magalie, surprise.

— Ben, c’est un vieux prof que je ne sens pas, je te l’ai dit en Floride.

— Je pensais pas que c’était à ce point-là. C’est malaisant. »

À la fin du repas, Magalie se rendit aux toilettes du restaurant. Elle descendit les escaliers, puis elle remarqua un groupe de personnes dans un salon. Verres à la main, ils étaient debout autour des tables. Ils discutaient et riaient, sous l’éclairage tamisé de la salle richement décorée de boiseries et de vitraux colorés. Une soirée privée, se dit Magalie lorsqu’elle reconnut Pierre parmi les invités, même s’il lui tournait le dos. Elle l’observa s’approcher d’une blonde vêtue d’une robe noire très chic. Il lui chuchota quelques mots à l’oreille qu’elle ne sembla pas trop aimer. Elle le regarda avec des flammes dans les yeux et but une grande lampée du verre de Scotch qu’elle tenait. « Ainsi donc, voici madame Lormier », pensa Magalie, surprise de ressentir un pincement de jalousie. Elle avait l’impression de la connaître ou de l’avoir déjà vue, mais elle avait beau chercher, elle ne la replaçait pas.

Le lendemain matin, elle rêvait encore de cette merveilleuse soirée. Pas celle de la veille avec Gina, mais la dernière passée en compagnie de Pierre dans le bistro italien. Elle avait bien noté qu’il allait courir tous les week-ends tôt le matin. Depuis ce souper, il l’avait appelée tous les jours, parfois seulement pour prendre de ses nouvelles.   Elle décida de commencer sa journée par une séance de jogging. Après tout, elle avait envie de s’entraîner dans les rues de Sillery au lieu d’aller, comme elle l’avait fait l’automne dernier, dans un centre sportif. Magalie avait demandé à Gina de l’accompagner, mais celle-ci, pas très sportive, avait refusé.

Habillée de plusieurs épaisseurs sous son nouveau survêtement de course, elle était prête à affronter la température de janvier. Elle étira ses mollets, roula les chevilles et partit au petit trot sur le trottoir de la rue des Mirettes. Le froid faisait craquer la neige durcie sous ses pas et, pourtant, elle avait l’impression de galoper sur des nuages et de s’envoler vers le ciel.

« C’est incroyable de constater à quel point les émotions peuvent avoir un effet sur notre vie », songea-t-elle.

Pierre, Pierre, Pierre, elle le voyait dans sa soupe, dans ses rêves. Elle ne passait pas un jour sans penser à lui. Il lui avait bien dit qu’il allait bientôt se séparer de sa femme. Des fantasmes sexuels, où il était le héros, surgissaient de sa tête à tout moment. Sa libido, aiguisée par des mois d’abstinence, après la régularité qu’elle avait connue avec Olivier, l’obsédait.

Arrivée au coin de la rue Holland, elle bifurqua vers le sud, direction Sillery où le docteur Lormier habitait.

Évidemment.

Peut-être allait-elle le rencontrer par un heureux hasard. « Quelle coïncidence cela serait », songea-t-elle, ironique. Comme si de rien n’était, elle passa devant chez lui. Tout semblait trop calme. « Il doit dormir encore », se dit-elle, dépitée. Elle n’aurait pas dû sortir à une heure aussi matinale. Elle revint vers son point de départ, déçue, et elle sentit sa mauvaise humeur l’envahir. C’était ridicule de s’attendre à le rencontrer, ils ne s’étaient pas donnés de rendez-vous. Revenue sur la rue Holland, un autre joggeur la rattrapa et la frôla en accrochant son espadrille. Il continua de courir juste à côté d’elle, s’ajustant à son rythme. « Franchement, qu’il fasse donc attention », pensa-t-elle, fâchée. Elle se tourna vivement vers lui dans l’intention de le tancer, mais elle fut surprise ! C’était Pierre.

Voyant son air mécontent, il éclata de rire, puis elle aussi. Elle s’était fait avoir. Ils continuèrent à courir ensemble jusque chez elle où elle l’invita pour prendre un café.

Épluchant les multiples épaisseurs mises pour se protéger du froid, Magalie sentait son excitation sexuelle augmenter de plusieurs crans à chaque couche que Pierre enlevait. Son survêtement, déformé par son phallus en érection, le rendait un peu ridicule. Lorsqu’il ne lui resta que son t-shirt et son pantalon d’entraînement, la virilité dégagée par son torse et ses bras musclés fit tomber toutes les barrières de Magalie.

Devant la cuisinière, elle se concentra pour préparer le café, mais à côté d’elle, il s’avança. Elle se retourna pour le regarder. Il la fixa, langoureusement, et avec douceur, il tendit la main pour toucher sa joue avec la paume de la sienne. Il s’approcha de son visage, les lèvres entrouvertes. Elle s’avança vers lui et il l’enlaça. Elle fut séduite et c’est avec une audace insoupçonnée que Magalie s’abandonna.

L’ancienne table de cuisine prouva sa solidité.

Après avoir repris son souffle, Magalie finit de préparer le café qu’elle lui avait promis. Distraitement, Pierre se promena dans la maison.

« J’ai toujours su que vous habitiez ici, mais je crois que c’est la première fois que j’y suis invité. On voit que ce n’est pas toi qui as choisi la décoration !

— C’est vrai, c’est la maison de mes parents. J’ai le projet de la vendre et d’avoir une maison vraiment à moi, décorée à mon goût, déclara-t-elle en sortant de la cuisine. Et avec une salle de bain au rez-de-chaussée. »

Regardant à gauche, puis à droite, elle faillit renverser les deux tasses de café lorsqu’elle s’aperçut qu’il était dans le bureau de Sylvie.

« Eh bien, dit-il en lui souriant, est-ce qu’on commence le ménage tout de suite ? »

Le visage soudain blême, elle pénétra dans la pièce.

« C’est la deuxième fois que j’entre ici depuis le mois de juin. »

Il saisit la tasse, en but une gorgée et dit en entamant la fouille du premier tiroir. « Alors, on s’y met ?

— Je suis désolée, Pierre. Je ne suis pas capable. » Elle sortit vite et alla s’asseoir dans le salon en pleurant. Il vint la rejoindre.

« Je me sens coincée, si je veux partir, je sais que je dois classer ses choses, mais j’en suis incapable. C’est physique, j’ai des crampes dans le ventre. Qu’est-ce que je vais faire ?

— Je vais t’aider, je vais commencer, l’encouragea-t-il en se dirigeant à nouveau dans la pièce.

— Pierre sort de là, s’il te plaît. »

Il revint sur ses pas et la prit dans ses bras.

« Ne t’en fais pas, ça va s’arranger. Je vais te montrer quoi faire et tu vas voir, ça va marcher. On va le faire ensemble et progressivement. Tout ira bien. »

Elle se sentit rassurée et émerveillée de l’appui que Pierre lui offrait.

Elle n’osa pas lui mentionner qu’elle l’avait vu la veille au restaurant avec sa femme. Mais quand il quitta la maison, elle lui demanda : « Qu’est-ce que tu vas dire à ta femme ?

— Elle ne me posera pas de questions. »


Ce roman est une œuvre de fiction. Les personnages et les lieux qui y sont décrits sont le fruit de l’imagination de l’auteure. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ou avec des événements réels, serait purement fortuite.

© Francine Boilard